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Marie-Sophie Vermot
Des "sujets" délicats
"Née à Montreuil en 1960, après des années d'adolescence difficile, entrecoupées d'intérêts divers pour la danse contemporaine, la philosophie existentialiste et la peinture expressionniste, je suis tombée sous le choc de la littérature américaine du XXè siècle : Steinbeck, Faulkner, Hemingway, Carson Mc Cullers (en qui le retrouve une similitude avec ma propre difficulté à vivre) sont à l'origine de mon engouement pour l'écriture. La peinture reste une alternatice fréquente à mon besoin d'expression, mais depuis quelques années, l'écriture s'est imposée à moi en tant que thérapie constructive et salvatrice de bien des maux."
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Les romans de Marie-Sophie Vermot n'ont pas froid aux yeux : anorexie, deuils, accouchement sous X, secrets de famille... Aucun thème "délicat" n'est passé sous silence, mais traité avec délicatesse, justement, et avec un grand sens des silences. A quoi il faut ajouter une bonne dose d'humour et la foi dans la robustesse de l'adolescence - âge de toutes les vulnérabilités certes, mais aussi de toutes les promesses...
L'enfer, c'est les autres Souvent, les enfants dépeints par Marie-Sophie Vermot sont de mauvais poil : car Autrui déboule chez eux sans crier gare, et bouleverse leur paysage. C'est la figure, récurrente dans sa vingtaine de romans, de l'Intrus : une baby-sitter enquiquineuse ; une jeune Américaine qui minaude avec votre meilleur ami, à vous gâcher les vacances ; une belle-famille qui envahit comme une "horde de Huns" votre vie d'enfant unique ; ou encore un frère souriceau qui accapare maman (Un si petit frère).
Mais l'Autre peut aussi prendre une forme plus radicale : que faire quand on doit se coltiner tout l'été une trisomique qui passe sa vie à écraser des framboises ? Il faudra mettre à nu ses propres faiblesses, faire ensemble la rude école de la différence (Le Temps d'une averse...) Chaque fois, avec allant et finesse, l'auteur apprivoise ses gentils petits monstres égocentriques, pour leur apprendre le sens de la conciliation.
Comme une renaissance Marie-Sophie Vermot, comme son héroïne dUne vie à part, a dévoré Faulkner et Steinbeck. Cela se devine dans Comme le font les garçons où elle sattache à deux enfants, Nathan et sa sur Malka, abandonnés par leur mère prostituée. Envoyée avec son frère en pension dans une ferme du sud, Malka va apprendre à habiter sa propre existence. Grâce au silence protecteur dEmma, la patronne, et à celui de la petite Pearl, enfant autiste venue avec sa mère quelques semaines vivre dans le calme de la propriété. Le récit avance entre lévidence de lamour et le mystère des blessures. Comme le puzzle dun miroir brisé que lhéroïne reconstituerait pour retrouver son vrai visage. Le temps qui passe ne bouscule pas, il révèle le monde à Malka et Malka à elle-même.
L'autre en soi Mais le plus difficile, c'est encore d'accepter l'Autre en soi. Par exemple, sous la forme très concrète d'un bébé qui pousse dans le ventre de Christine, enceinte à 14 ans et demi ! (En plus c'était pas prévu). Ou à cause de sa propre différence raciale, qui vous expose aux railleries de votre "meilleur ami" (Tu veux ma photo ?). Mais surtout parce que les ados de Marie-Sophie Vermot sont presque toujours décrits dans des moments de crise profonde, en proie à des épreuves, qui les font douter d'eux-mêmes, ne plus se reconnaître. Les Volets clos, Une vie à part, ou Confiance, encore mieux et autocuiseur : autant de romans initiatiques où de jeunes héroïnes blessées devront tutoyer la folie ou le désespoir pour renaître. "Faire naître de toi-même un autre toi-même", disait Shakespeare - que Marie-Sophie Vermot cite en exergue de Pouvoir se taire, et encore. Une bonne définition de l'adolescence ?
Pouvoir se taire D'où vient alors que, malgré la rudesse des thèmes, cette oeuvre ne semble jamais complaisante ? Sans doute à cause du rôle qu'y tient le silence. Marie-Sophie Vermot écrit sans tapages, à mots feutrès. Elle décrit comment de jeunes âmes font silence, avant de trouver les bons mots, salvateurs, qui les aideront à s'en sortir. Lisez par exemple Voilà pourquoi les vieillards sourient, chef d'oeuvre du non-dit : juste un ado et son grand-père, au moment des adieux. Une vie se tourne vers le passé, l'autre vers l'avenir. Entre eux, presque rien ne se dit, pas un mot plus haut que l'autre. Ou alors si décisifs ! Cette façon de "pouvoir se taire" ensemble s'appelle l'amour. Ou la littérature...
Olivier Carrérot
Bibliographie sélective :
En notre absence, Pocket jeunesse, 2003
Voilà pourquoi les viellards sourient, éditions du Rouergue, 2003
Pouvoir se taire et encore, Thierry Magnier, 2002
Un si petit frère, éditions Milan, 2002
Tendance filles, l'Ecole des loisirs, 2001
Les Poussières ont de mauvaises idées, l'Ecole des loisirs, 2001
Tu veux ma photo ?, l'Ecole des loisirs, 2001
Casting, l'Ecole des loisirs, 2000
Confiance, encore mieux et autocuiseur, l'Ecole des loisirs, 1997
Le Temps d'une averse, l'Ecole des loisirs, 1997
Les Volets clos, Le Seuil, 1996
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