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Azouz Begag
Le voyage de l'entre-deux
Pour présenter Azouz Begag, il est généralement dit : écrivain fils d'immigrés algérien, a vécu dans un bidonville de Lyon, est maintenant chercheur au CNRS. On retrace ainsi en quelques mots un parcours jugé exemplaire, une intégration à la française qui montre que notre République laïque est bien telle qu'on l'imagine. Comme tout raccourci, cette présentation d'Azouz Begag a sa part de vérité, mais elle dissimule l'épaisseur d'une vie et ses souffrances, les ambitions d'un écrivain, la contestation politique portée par l'auteur et le sens d'un travail qui questionne sans cesse la position de l'entre-deux (cultures, pays, frontières, temps, espaces dans la ville) et forge au fil d'une trentaine de livres - albums, romans jeunesse et adulte, essais - le portrait d'un homme à l'esprit critique qui se construit dans le mouvement.
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Auteur prolifique, également essayiste, Azouz Begag poursuit sa route depuis Le Gone du Châaba, avec toujours cette volonté de porter la voix de ceux qui ont longtemps été silencieux, les immigrés arabes et leurs enfants, et de trouver une voie, entre l'ici et l'ailleurs.
Les personnages se déplacent beaucoup dans les écrits d'Azouz Begag et l'essentiel se déroule peut-être durant ces trajets. Dans Le Gone du Châaba, c'est le parcours entre le bidonville et l'école, la traversée de la frontière entre deux univers, celui de la famille et de la société, celui du petit Algérien stigmatisé et du futur petit Français. Avec la honte, double, celle des origines vis-à-vis des "Français" et celle ressentie par rapport aux "Arabes" car le personnage a le sentiment de "trahir" sa communauté. Dans Un train pour chez nous, superbement illustré par Catherine Louis, la famille prend le bateau puis le train pour le traditionnel voyage estival vers la terre qui, chez Azouz Begag, est peut-être plus paternelle que maternelle. Le retour vers les origines, à Sétif, est sensuel, extrêment physique, tout en perception des couleurs et des odeurs. On retrouve le déplacement dans Quand on est mort, c'est pour toute la vie. L'action se déroule dans un bus, celui qu'emprunte le personnage de retour "au pays". Il vient là sur la tombe de son frère, tué par un chauffeur de taxi en France, mais aussi parce que des proches bienveillants lui conseillent de partir se ressourcer et d'autres - racistes - lui crachent à la figure de repartir "chez lui". Le temps du trajet et d'un sombre portrait de l'Algérie, le personnage réalise à quel point il se situe ailleurs, dans l'entre-deux justement.
Sous une forme autobiographique qui entretient des liens avec le conte et l'expression orale, Azouz Begag poursuit ce thème dans d'autres récits comme Le Passeport ou bien Ahmed de Bourgogne mais aussi dans ses recherches sociologiques. Il y déconstruit les idées toutes faites, notamment sur "l'intégration", milite pour une présentation concrète dans la société des jeunes venus des quartiers dits sensibles et s'intéresse, dans Les Dérouilleurs, à ceux qui ont quitté les barres périphériques pour construire leur vie ailleurs. Encore une fois, c'est dans le déplacement que l'essentiel peut se produire.
Comme d'autres "fils de..." qui ont pris la parole à partir des années 80 alors que leurs parents immigrés étaient "muets et invisibles", la voix d'Azouz Begag est précieuse, elle porte une mémoire vivante qui est aussi celle de la France.
Bibliographie sélective :
Ahmed de Bourgogne, Seuil, 2003
Le Théorème de Mamadou, illustrations de Jean Claverie, Seuil, 2002
Quand on est mort, c'est pour toute la vie, Gallimard jeunesse, 2002
Les Dérouilleurs, Mille et une nuits, 2002
Un train pour chez nous, Thierry Magnier, 2001
Le Passeport, Seuil, 2000
La Force du berger, La Joie de lire, 1991
Le Gone de Chaâba, Seuil, 1986
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