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Zaü
La danse de toutes les couleurs
Zaü est né à Rennes en 1935. Il suit des cours d'arts graphiques à l'école Estienne à Paris. Entré très vite dans l'édition jeunesse (son premier livre est publié en 1967), il abandonne peu à peu l'édition jusqu'en 1991, mais continue à collaborer à la presse jeunesse (chez Bayard et Milan). Il entre à l'agence Ted Bates pour laquelle il crée de nombreuses publicités, puis travaille comme indépendant. Très attentif à la différence, au respect de l'autre, il puise son inspiration dans ses nombreux voyages.
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Né en Bretagne, Zaü doit bien être tout de même un peu Africain. Ses dessins et la chaleur des couleurs qu'il utilise font sans cesse penser au grand continent.
Oui, Zaü a quelquechose d'africain. Son trait, impulsif, semble tracé au rythme de perscussions endiablées et joyeuses. Or, parmi toutes les histoires qu'il a illustré depuis 1967, beaucoup font référence au continent noir.
Le noir est bien le coloris de cet illustrateur réputé pour la vivacité de sa palette où dominent les pastels. C'est que le noir vient dynamiter la page, donnant sa vigueur au dessin, balafrant la surface plane de la feuille pour y faire surgir une silhouette, un paysage. Tout semble se construire à partir de ces traits immenses qui vont attirer les couleurs, leur permettre de déborder pour envahir le récit. On pense à la phrase de Brecht selon laquelle ce n'est pas le fleuve qui est violent mais les berges qui l'enserrent. Le trait noir de Zaü joue ainsi le rôle de berges violentes qui invitent le fleuve des couleurs à déborder, à passer outre.
Le lecteur se trouve dès lors devant une explosion de couleurs. Comme Nika, à la fin de Blanc et gris et noir, l'album dont le texte est signé Gérard Moncomble. Nika vit dans un pays grisâtre où l'hiver et la neige retiennent la nuit, la pénombre. Cela angoisse la petite fille malgré la chaleur qu'elle retrouve auprès de ses parents. Ceux-ci vont la comprendre et voir à travers son regard immaculé combien ils ont fini par s'habituer à la grisaille. Un jour, à son retour de l'école, la gamine va découvrir que sa maison a été repeinte de mille teintes jusqu'à ressembler à un papillon. L'arrivée des couleurs va susciter une même envie chez les voisins et c'est tout le village qui laissera l'ombre pour une lumière chatoyante.
Liberté pour les enfants Rien d'étonnant à ce que Zaü ait trouvé dans Rue du monde un éditeur attentif. Comme Alain Serres, l'illustrateur semble favoriser les albums qui combattent le racisme et évoquent la richesse du métissage. Engagé aussi dans des ateliers pour enfants en difficulté, Zaü fait avec de longs rouleux de papier un véritable espace de liberté pour les gamins. Cela peut donner un livre comme l'émouvant Petits mots tendres à la colo dessiné avec les enfants de Stains. Mais l'apport des images vigoureuses de Zaü donne aussi un rythme allègre aux documentaires : l'enfant découvre et apprend en étant ébloui, charmé.
Surtout, cet engagement contre le racisme se traduit magnifiquement dans la "facture" des illustrations. Chez ces ancien élève de l'école Estienne, les couleurs ne sont jamais closes dans le trait noir du dessin, pas plus que celui-ci n'est recouvert par les couleurs. Du mariage des couleurs naît une vibration qui renforce l'illusion de la vie donnée par l'expressivité des personnages.
L'image complice Zaü a un "oeil" pour saisir, en un geste, en une attitude, l'état d'esprit d'un enfant. Manon coeur citron de Pierre Coran évoque la mort d'un grand-père. Manon est la seule à ne pas pleurer. On saura à la fin de l'ouvrage que cette force lui vient du défunt qui lui avait dit un jour ne pas aimer les pleureurs... Zaü se devait donc de montrer, non pas l'absence de larmes, mais combien Manon a du mal à les retenir. Il le fait en dessinant Manon accroupie pour enterrer une photo de "papi", ou les yeux levés au ciel mais les mains enfoncées dans les poches, comme pour retenir l'émotion.
Zaü est un véritable illustrateur, c'est-à-dire qu'il aime travailler avec des écrivains. Son travail cherche la place exacte qui convient pour l'équilibre entre le texte et l'image. Quand il illustre La Cour couleurs, anthologie de poèmes contre le racisme, il semble retenir ses crayons. Pour restituer l'effet de condensation de la poésie, le dessin se fait esquisse. Le lecteur est appelé de la même manière par les poèmes et par les dessins. Dans le très beau Léon et son croco, chaque page commence par les mêmes mots : "A Grand Poco..." et raconte comment un petit garçon de ce village est devenu charmeur de crocodile. Cette répétition se retrouve dans le dessin grâce à un habile pliage : ce procédé renforce le côté ludique de l'histoire. Si Zaü parvient ainsi à trouver la forme adéquate, c'est probablement qu'il a su garder, devant le texte, l'émerveillement de l'enfance. Une enfance sauvage et africaine...
Bibliographie sélective :
Blanc et gris et noir, texte de G. Moncomble, Casterman, 2001
Le Premier livre de toutes les couleurs, texte d'Alain Serres, Rue du monde, 2001
Une cuisine grande comme le monde, texte d'Alain Serres, Rue du monde, 2000
Petits mots tendres à la colo, avec les enfants de Stain, Rue du monde, 2000
Léon et son croco, texte de Magdalena, Flammarion, 1999
Manon coeur citron, texte de P. Coran, Père Castor-Flammarion, 1998
La Cour couleurs, anthologie de poèmes contre le racisme, avec J.-M. Henry, Rue du monde, 1997
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