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Xavier Laurent Petit
A l'école de la fiction
"Je suis né en 1956, une année où bien d'autres choses se sont passées... Après des études de philosophie, je suis devenu instituteur, un métier sur j'ai quitté voici quelques années pour cause d'incompatiblité grandissante entre ce que je voulais y faire et ce qu'on me demandait d'y faire. Mais je reste avant tout un passionné de lecture. Une passion qui m'a conduit à franchir le pas de l'écriture en 1994 avec deux romans policiers parus chez Critérion. Mon premier roman jeunesse paraît à l'Ecole des loisirs (il s'agit de Colorbelle-Ebène, aujourd'hui épuisé, qui obtient le prix Sorcières en 1996). D'autres suivent, le plus souvent ancrés dans l'actualité la plus proche (L'Oasis, Fil de guerre, l'Homme du jardin...). L'écriture est ma face sédentaire, mais elle se nourrit de marches, de voyages et de montagnes qui lui sont indispensables, et je ne m'imagine pas de laisser passer plus d'un an sans partir au moins une fois haut et, de préférence, loin..."
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Xavier Laurent Petit a trouvé dans l'écriture un moyen de dire la réalité du monde. Avec, à chaque livre, une justesse de ton qui laisse le lecteur s'inscrire dans ses histoires.
On reconnaît un bon conteur aux changements de climatiques que ses récits produisent sur les lecteurs. Lisez par exemple 153 jours en hiver. Si vous allez au bout de votre lecture (comment faire autrement : on y est entraîné), il vous faut prévoir une bonne laine. Dans ce roman d'aventure, l'hiver qui s'abat sur les personnages vous glacera les os, pénètrera votre sang et vous recevrez la morsure du froid.
Xavier Laurent Petit excelle à faire sentir, presque physiquement, l'atmosphère des histoires qu'il bâtit. Ainsi, la lecture se déroule dans l'osmose qui lie le lecteur aux personnages. On avance donc vite dans ses romans où le monde se découvre proche de celui de la réalité. Et où l'auteur absorbe souvent des thèmes d'actualité aussi durs soient-ils.
Les couleurs de l'initiation Si l'oeuvre joue d'une palette très large, du roman d'aventure au récit intimiste, de la science-fiction à la comédie, c'est toujours à une initiation qu'est convié le lecteur. Ancien instituteur, Xavier Laurent Petit aborde sans didactisme les sujets les plus contemporains : le terrorisme, la guerre, la maladie d'Alzheimer, l'identité. Non pour seulement les exposer, mais pour les mettre en question.
Roman de l'Algérie meurtrie, L'Oasis offre un bel exemple de la manière avec laquelle la fiction dit, mieux que le journalisme, une réalité vécue à hauteur d'enfance. Elmir a de la chance : il habite dans les beaux quartiers contrairement à son copain Ismène qui n'a droit qu'au bidonville. Le père d'Elmir, journaliste et sa mère, bibliothécaire, vont voir monter la révolte islamiste avec d'autant plus d'inquiétudes qu'ils sont la cible des "combattants de l'ombre". La bibliothèque est incendiée, le rédacteur en chef du journal se fait assassiner. La violence, la peur, l'angoisse, sous la plume de l'écrivain, n'obéissent pas à un modèle manichéen. Les "barbus" ne restent pas dans l'ombre : Elmir connaît deux sympathisants : Ismène et son frère... Le roman ne nous fait pas seulement ressentir la peur, il restitue la complexité d'une guerre civile où l'ami devient l'ennemi.
Xavier Laurent Petit met son écriture au service de l'histoire contemporaine : pas d'effet de manche inutile, pas de pathos. les phrases avancent dans la logique mécanique de la violence, éclairées seulement pas la candeur et les désirs d'Elmir.
La mémoire du savoir Dans Alger enflammée, l'école essaie vainement de maintenir les règles de la vie en société. Comme si faire semblant suffisait à protéger les enfants. L'Oasis montre l'absurdité qui consiste à masquer la réalité aux gamins. On retrouve ce thème de l'école indaptée dans 153 jours en hiver. Nous sommes en des terres arides, non loin de la Russie. Galsham doit aller vivre avec son grand-père durant les cinq mois qui précèdent la naissance d'une petite soeur. Sur les hauts plateaux balayés par le blizzard, elle va découvrir la vie rude, la nature sauvage. Elle va apprendre à aimer ce "vieux fou" de grand-père, à dresser un aigle. Mais l'administration n'entend pas laisser cette enfant faire l'école buissonnière et un inspecteur vient menacer le grand)père récalcitrant. La réponse du vieil homme mêle l'apprentissage de la vie à la mémoire des hommes. Galsham sait lire, écrire et compter, mais elle ne sait pas s'occuper des bêtes, aussi "ce que tu veux lui apprendre, ma petite-fille le sait déjà. Alors que ce que j'ai, moi, à lui montrer est encore tout neuf pour elle".
Faire face Miée fait entendre une autre voix, plus intimiste. Anna adore sa grand-mère, une complice championne des roudoudous. Mais Miée, un jour, ne reconnaît plus sa petite-fille et tient des propos incohérents. Cela ne dure d'abord qu'un moment. Frappée de la maladie d'Alzheimer, Miée va partir peu à peu dans son monde où la mémoire a effacé l'ordre du temps. On suit l'évolution de la maladie via le journal d'Anna qui réagit dignement, offrant pour seul remède dérisoire son amour et sa jeunesse. Xavier Laurent Petit écrit en entomologiste qui connaît son sujet et sait en révéler la profondeur par le plus infime détail. Miée est un roman où les mots sont pesés au trébuchet de la vie : justes, délicats, ils conservent cette pudeur qui renforce l'émotion. Surtout, ils font une passerlle entre soi et le monde, nous donnant à vivre intérieurement des expériences qui nous grandissent.
Bibliographie sélective :
Miée, L'Ecole des loisirs, 2002
153 jours en hiver, Flammarion, 2002
L'Homme du jardin, L'Ecole des loisirs, 2001
Fils de guerre, L'Ecole des loisirs, 1999
L'Oasis, L'Ecole des loisirs, 1997
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