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Jean-Claude Mourlevat
Les aventures de l'imaginaire
Né en Auvergne en 1952, Jean-Claude Mourlevat exerça le métier de professeur d'allemand en collège pendant cinq ans avavnt de devenir comédien de théâtre. Il a été notamment l'auteur et l'interprète du clown muet nommé "Guedoulde", spectacle joué plus de 600 fois en France et à l'étranger. Il a mis en scène de nombreuses pièces de Brecht, Cocteau, Shakespeare. Il écrit indifférement pour les adultes et pour les enfants, ne faisant aucune différence entre les deux. Il n'a aucune idée de la façon dont il choisit ses sujets, sinon qu'ils s'imposent un jour ; il en conclut ainsi qu'il devait probablement les avoir depuis longtemps en lui.
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Jean-Claude Mourlevat aime les histoires où l'on voyage : l'écriture, conduite par la fantaisie et l'imagination mène à des territoires merveilleux où l'enfant trouvera de quoi peupler sa solitude.
Quand on lit Je voudrais rentrer à la maison, on saisit l'univers où sont nées les fabuleuses histoires de Jean-Claude Mourlevat. Dans ce recueil de souvenirs pudiquement rassemblés, l'ancien professeur ranime l'époque révolue de son internat dans un établissement auvergnat. Souvenirs glacés, façonnés à la rudesse de la vie, le sentiment d'abandon, la violence de l'autorité qui dessinent une blessure de l'enfance. Dès lors, on comprend mieux l'appétit d'imaginaire dont l'écrivain fait preuve : face au monde réel s'est bâti celui de la fiction capable seule d'éloigner l'angoisse. On remarquera que la plupart des jeunes héros de l'écrivain sont des êtres solitaires, orphelins ou abandonnés. C'est seuls qu'ils décidents de prendre d'assaut leur vie, leur destin. Celui-ci revêt l'apparence d'un chemin difficile, semé d'embûches, un long voyage initiatique et fantastique aux confins du conte et du merveilleux.
La générosité du conteur s'exprime pleinement dans la multitude d'aventures que ses personnages vivront, entre le début du roman et sa fin, entre l'enfance et l'adolescence. Dans le désir, surtout, de surprendre le lecteur.
Le pays des merveilles Jean-Claude Mourlevat allie le plaisir du non sens, cher à Lewis Caroll, à la fascination des mythes et des grands récits fondateurs (du Petit Poucet aux Milles et une nuits). Dans La Rivière à l'envers, l'écrivain plonge le jeune Tomek dans un monde étonnant. L'enfant a hérité de l'épicerie familiale où il s'ennuie lorsqu'une Alice, qui s'apelle Hannah (joli palindrome), vient lui acheter un sucre d'orge et lui parle de la rivière qui coule à l'envers, de l'océan vers le somment de la montagne. L'eau qu'on trouve tout au sommet aurait le pouvoir d'empêcher celui qui la boit de mourir. Hannah est partie à la recherche de cette source miraculeuse pour sauver son oiseau.
Derrière elle, Tomek va se lancer dans une expédition solitaire à la mesure d'un Gulliver. L'écrivain joue jusqu'au vertige de la logique lorsque son héros travers "la forêt de l'oubli" : le voyageur qui y pénètre sort aussitôt de la mémoire de tous ceux qui l'ont connu. Les inventions étourdissantes se succèdent à un train d'enfer (des ours aveugles aux fleurs capiteuses, en passant par "l'île inexistante" et son arc-en-ciel magique). On croise de drôles de personnages, on revisite le mythe du Sphinx, on prend des voiliers, des radeaux, on voyage avec un âne, on découvre des animaux très étranges... Les trouvailles de l'écrivain se font ludiques ici, poétiques là et le lecteur avance avec la certitude excitante d'être surpris encore et encore.
L'héritage chevaleresque Toutefois, l'écrivain en isolant Tomek ou Hannah du reste du monde, place l'enfant au centre de sa solitude. D'où le désir de l'un comme de l'autre (dans Hannah qui fait écho à La Rivière à l'envers) de trouver des compagnons de route. Il s'agit bien de ça : avancer dans la quête de soi (l'eau miraculeuse) mais ne pas avancer seul. Les personnages de Jean-Claude Mourlevat ont besoin de guides. Ils ne rejettent pas les adultes, au contraire. Le diptyque de La Rivière à l'envers utilise le fantastique pour aborder des terres psychologiques bien réalistes : l'apprentissage du monde, de l'amour, de la responsabilité (Hannah ne cesse de penser à son oiseau, à sa demi-soeur). Les aventures sont des épreuves que les héros réussissent parce qu'ils sont guidés par leur coeur.
C'est en soi, d'abord, que l'enfant trouvera les réponses aux questions qui l'angoissent.
Le mythe revisité Dans L'Enfant océan, l'écriture se fait plus grave. Nous voici au coeur d'une étrange fratrie soudée par la violence du père, la vie sans tendresse. Ce sont sept garçons dont trois paires de jumeaux, qui fuient la ferme. Yann, le dernier né, Petit Poucet moderne, prévient une nuit ses frères que leur père s'apprête à les tuer. La fuite des enfants est relatée sur le mode réaliste grâce aux témoignages de ceux qui croisent les enfants. Mais l'auteur ne renonce pas à sa veine fantastique : Yann est un enfant venu du monde du conte. Il n'a pas besoin de parler pour se faire comprendre de ses grands frères qui le suivent aveuglément. Les liens de la fratrie sont proprement fascinants : ils tissent un monde à part, un météore qui traverse, d'est en ouest, l'univers des adultes. La fuite des sept gamins revêt dès lors les oripeaux du mythe. Au bout, c'est une rédemption qui attendra les jumeaux et leurs parents réunis enfin par la grâce d'un enfant élu. Si les romans de Jean-Claude Mourlevat se dévorent, ils laissent une empreinte forte dans l'esprit de leurs lecteurs. Parce qu'à travers leurs fictions, ils disent parfaitement l'originelle angoisse d'être au monde.
Bibliographie sélective :
Je voudrais rentrer à la maison, Arléa, 2002
Hannah, Pocket junior, 2002
L'Homme qui ne possédait rien, Thierry Magnier, 2002
Le Petit royaume, illustrations de N. Claveloux, Mango, 2000
L'Enfant océan, Pocket junior, 1999
La Rivière à l'envers, Pocket junior, 1999
La Balafre, Pocket junior, 1998
A comme voleur, Pocket junior, 1998
Le Jeune loup qui n'avait pas de nom, illustrations de J.-L. Nénazet, Milan, 1998
Kolos et les quatre voleurs, illustrations de I. Chatellard, Flammarion, 1998
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