Jean Maubille

La malice des couleurs

Né au Zaïre en 1964, Jean Maubille opte pour une carrière d'auteur-illustrateur après l'obtention de son diplôme de l'Académie des Beaux-arts de Bruxelle. Il participe aux revues "Dopido", "Dorémi". Il est gardien de bébés à domicile.

 

Jean Maubille écrit et dessine des histoires pour les tout petits. Sur le rythme d'une comptine, le livre se fait complice. Une façon colorée de faciliter l'éveil.
La simplicité est une évidence. Dans Hou ! Hou !, il suffit d'un rond blanc, d'un cône jaune au coin duquel brille un peu de jaune vif, et, c'est sûr, voilà Petit hibou. Le trait noir du dessin, comme jeté d'un seul geste sur la page, donne à l'évidence son immédiateté. D'entrée, on est en présence d'un petit hibou qui aimerait savoir qui l'a appelé.
Au trait du dessin, le cri des animaux répond comme en écho avec le même trait de feutre noir. L'énergie circule ainsi du texte, sur les pages de gauche, à l'illustration sur les pages de droite dans un procédé répétitif qui fait le rythme de l'album. Le jeu s'installe très vite : Petit hibou voudrait savoir qui l'a appelé ; ce n'est pas la poule (Cot ! Cot!) qui dort, ni le moineau et l'enfant devinera que la troisième larron, puis le quatrième, également, dorment...
Ainsi, les albums de Jean Maubille plongent l'enfant directement dnas une histoire et lui offrent un jeu de répétitions sur le modèle de la comptine. L'enfant a rendez-vous avec le plaisir.

Les couleurs de la malice — Jean Maubille connaît bien les bébés. Ce diplômé des Beaux-arts fait métier d'en garder quelques-uns à domicile chaque jour. Il suffit de feuilleter les livres qu'il compose, entre imagiers et albums, pour comprendre combien il en partage l'univers, le mode de perception. Très épurées, les images s'offrent des fonds en applats de couleurs vives et unies. Sur ces teintes, peu de silhouettes, pas de détails : rien de distraira le jeune lecteur du personnage qui lui parle. De cette simplicité naît une complicité qu'accentue l'esprit ludique de l'auteur. Dans Bzz ! Bzz ! on voit quatre vaches successivement importunées par des mouches. Bleuette, qui comme ses compagnes "n'aime pas ça", fait un "gros, gros caca !" sur lequel les mouches vont s'exciter, laissant les vaches tranquilles. La malice est anoncée par le prénom du taureau qui dénote des "Rousette" ou "Blanchette" qui l'ont précédé : lui, c'est "Bruno"... L'élément comique vient rompre la litanie et autorise dès lors la prochaine apparition du "gros caca" lâche par une vache toute bleue.

Apprendre en jouant — Le jeu des couleurs a son importance dans Grr ! (personne ne prétendra que Jean Maubille a le génie des titres...). Dès la première double page, l'enfant fait face à une menaçante tête de loup. Mais le corps qui la porte est bien trop rose : la page dépliée, l'enfant constate que c'est un petit cochon qui s'est affublé d'un masque. La plaisanterie se poursuit avec une poule (grise), un agneau (jaune) jusqu'à un animal marron foncé : le loup lui-même qui s'apprête à dévorer l'enfant. Evidemment, c'est en relectures que le livre arrachera des rires au bambin pressé de se faire dévorer...
Les albums peuvent servir à compter, à imiter le cri des animaux, à s'approprier le jeu de la lecture avec des pliages astucieux.
Dans Et le petit dit... trois pachydermes se partagent la double page avec un drôle d'oiseau blanc. Ce dernier se sent à l'étroit et répète sans cesse : "Je suis serré, poussez-vous !" jusqu'à ce que, l'un après l'autre, l'éléphant bleu, l'hippopotame jaune et le rhinocéros rose quittent le livre aidés par le jeune lecteur. In fine, l'oiseau se sent un peu seul... Et l'enfant comprend que la vie en compagnie des autres est préférable à la solitude.

S’ouvrir à l'autre — C'est par le biais d'un drôle de rat obèse que Jean Maubille est entré en littérature jeunesse : Raoul Patapouf met en scène la diffculté pour lui de s'intégrer à sa classe. Le rapport entre soi et les autres se teinte, dans la série des "raseurs", d'une nostalgie qu'on devine : les patères où sont suspendues les affaires des élèves, les tables de classe où se dessine la place de l'encrier, semblent d'un autre temps... Le travail graphique suggère le malaise de celui qui est rejeté. On le ressent dans Rachid, un album qui évoque le racisme enfantin. Rachid, qui vient d'intégrer l'école, ne parle pas la même langue que les "raseurs", il ne mange pas comme eux, son museau n'a pas la même couleur. Objet de curiosité et de moquerie, Rachid suscitera l'adhésion lorsqu'on découvrira que son cartable regorge de billes... Il y a là toute une métaphore du travail de l'auteur : les billes, c'est le jeu grâce auquel on se lie aux autres. Comme un langage universel. Et leurs couleurs, qui les différencient, en font leur richesse.


Bibliographie sélective :
Tit ! Tut !, Pastel, 2002
Et le petit dit..., Pastel, 2001
Grr !, Pastel, 2001
Dans la mare, Pastel, 2000
Dans la boue, Pastel, 2000
Quand je serais grande, Pastel, 1999
Bzz ! Bzz !, Pastel, 1999
Tu pars, petit loup ?, Pastel, 1998
Hou ! Hou !, Pastel, 1997
Croque-dino, Pastel, 1996
Hop !, Pastel, 1995
Rase-mottesI, Pastel, 1993
Télé pipi, Pastel, 1993
Rachid, Pastel, 1992
Il fait tout noir petit lapin, Pastel, 1992

Informations datées de 2003