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Virginie Lou
La Pas comme attitude
Virginie Lou est née à Poitiers en 1954. Après des études de lettres, de linguistique et de philosophie, elle exerce divers métiers : professeur de lettres, animatrice d'ateliers d'écriture, formatrice, directrice de collcetions aux éditions Hatier et Syros (notamment "Souris noire"). Elle s'occupe plus particulièrement, depuis 2001, de la collection "Les Pacom", chez Fayard, avec Joseph Périgot. C'est dans le courant des années 90 qu'elle décide d'écrire davantage. Dans Eloge de la lumière au temps des dinosaures comme dans son dernier opus, L'oeil du barbare (une sorte d'oraison funèbre violente dressée par un fils révolté) la voix de Virginie Lou est sensible et juste. Donc, pas question de l'adapter en l'affadissant sous prétexte qu'elle écrit pour des jeunes. Bien au contraire, les histoires devraient être, selon elle, "un outil à la résolution des conflits, un prétexte à la discussion".
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Virginie Lou a créé la famille Pacom. Contre les idées reçues. Les conformistes ne liront pas Virginie Lou ou réviseront leurs valeurs. Car l'écrivain, pour appuyer un des axes de son oeuvre, est allée jusqu'à créer une drôle de collection pour la jeunesse. Lancée avec Joseph Parigot, la série des Pacom (chez Fayard) met en scène d'extravagants parents. Anticonformistes par nature, ils cherchent à ne jamais faire comme les autres au grand dam des leurs enfants, Jupiter et Lucrèce (!). Si la collection Pacom joue sur le rire, c'est avec un objectif plus politique : il s'agit de faire réagir les lecteurs à propos de notre bonne société de consommation en donnant aux enfants la liberté de penser par eux-mêmes. La vie contemporaine est passée au crible d'une jolie insolence qui voit le père Pacom s'habiller d'une robe - plus pratique en été -, la mère recommander à son fils de désobéir, etc. Si le trait est poussé jusqu'à la caricature, il dénote un véritable intérêt de l'auteur pour les êtres singuliers et pour l'exercice de la réflexion.
Les êtres d'exception C'est un adolescent météore que rencontre le narrateur de Un papillon dans la peau. Dans ce roman, au souffle rare, écrit comme une confession, Virginie Lou explore les méandres de la relation au père à travers deux destins bien différents, appelés à fuir ensemble l'héritage familial. Omar est fasciné par Alexandre, personnage rimbaldien, aussi grand que mystérieux et à la sensibilité incandescente. Une énigme, enfouie dans son passé, fait d'Alexandre un éternel étranger. La femme qui l'élève n'est pas sa mère mais la compagne du père, homme violent et orgueilleux, militaire dans l'âme et mercenaire dans la vie. Comment Omar ne serait-il pas bouleversé par Alexandre ? Qu'il en est amoureux, il n'y a que lui qui l'ignore et découvrir les faiblesses de son ami ne fait que renforcer sa passion. Dans ce roman envoûtant, Virginie Lou déploie une écriture où la délicatesse et la violence s'unissent. La lumière y est celle des grands espaces, d'une liberté à laquelle rêvent les deux garçons. Le passage d'Alexandre dans la vie d'Omar laissera une trace indélébile.
Les êtres d'exception ne sont-ils pas ceux-là dont la fréquentation nous révèle à nous-mêmes ?
Voir et comprendre par soi-même La révélation passe parfois par-delà les apparences. Dans le très beau Je ne suis pas un singe, c'est à une victime de remettre en doute la nature de son tortionnaire. Joëlle, la narratrice, se fait déculotter dans les vestiaires par "le gros Didier", la terreur de l'école. Cet acte et les ricanements qui s'ensuivent provoquent un choc en elle. Elle ne pourra plus parler, concentrée uniquement sur sa vengance : tuer Didier. Celui-ci aime rouler des mécaniques, faire peur aux plus petits de l'école. Joëlle s'arme de résolution, de courage. Elle s'enferme dans son mutisme inquiétant pour ses proches. Son mal reste inexprimé, les mots se bloquent dans sa gorge. Mais en espionnant sa future victime, Joëlle découvre l'univers familial sordide dans lequel vit Didier. Et combien il en souffre. Et qu'il peut, lui aussi, pleurer.
Virginie Lou, comme souvent dans ses histoires, surprend plus qu'elle n'achève le roman. Joëlle comprend que la réalité est plus complexe qu'il n'y paraît. Pas de happy end, pas de chute : le roman est un germe dans l'esprit du lecteur qui le poursuivra à sa guise. Ce qui compte, c'est que le doute vienne fissurer les idées reçues et les clichés qui banissent la pensée.
Des histoires, pas des fables Quand, pour les dix ans de la collection Page blanche, Virginie Lou écrit un roman sur la couleur rose, elle choisit d'inscrire une histoire sentimentale à Venise (La Vie en rose). On s'attend aux gondoles, au romantisme, elle nous montre les usines, la pauvreté, sans misérabilisme mais avec un réalisme qui n'empêche nullement les histoires d'amour. Du coup, ses personnages nous sont plus proches, plus réels. Dans Le Miniaturiste, toutefois, la romancière flirte avec le fantastique. Les enfants découvrent un fabricant étonnant de figurines et de maquettes d'engins de guerre plus vrais que nature. La fable, ici, n'enjolive rien. Au contraire : elle permet de mettre à jour la part obscure que chaque être porte en lui confusément.
La langue de Virginie Lou possède une force d'évocaiton peu commune : de l'économie sèche dans Je ne suis pas un singe au chant lyrique de L'Oeil du barbare, il s'agit de poursuivre sans cesse le mouvement de la pensée.
Bibliographie :
L'Oeil du barbare, roman, Actes sud, 2002
Oeil pour oeil, nouvelles, Pauvert/La Musardine, mars 1998. Edition de Poche : Pocket, 1999
Eloge de la lumière au temps des dinosaures, roman, Actes sud, 1997
Livres jeunesse :
J'ai pensé à vous tous les jours, avec Joseph Périgot, Gallimard, 2002
La Vie en rose, Gallimard, 2000
Un papillon dans la peau, Gallimard, 2000
Liberté furtive, Actes sud junior, 1999
La violence, carton rouge, Actes sud junior, 1999
Marguerite et la métaphysique, conte philosophique, Actes sud junior, 1996
Le Miniaturiste, roman, Gallimard, 1996
Quatre contes de l'Europe, Casterman, 1994
Je suis le lion, Magnard, 1990
Je ne suis pas un singe, Syros, 1989
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