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Kitty Crowther
Dessine-moi l'âme
Kitty Crowther est née en 1970 à Bruxelles d'un père anglais et d'une mère suédoise. Après avoir obtenu son "graduat" en Arts plastiques à Saint-Luc, elle commence à illustrer puis à publier. Depuis, elle travaille principalement pour Pastel, l'Ecole des Loisirs, Albin Michel et Didier Jeunesse. Depuis 1992, elle a reçu cinq prix tant pour ses créations graphiques que pour les histoires qu'elle construit de toutes pièces, des textes et illustrations empreints de poésie et de délicatesse même si les sujets sont souvent difficiles et forts. Si son dessin est une forme d'écriture, elle dit avoir "la fascination du trait, de la ligne temblante, hachée, dure, tendre. Un trait peut dire beaucoup de choses. (...) Si l'émotion est présente, je continue, page après page, sans jamais connaître la suite. Je vais au rythme de ma main..."
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A trente-deux ans, l'auteur et illustratrice belge Kitty Crowther a su imposer une voix singulière dans la littérature jeunesse. Son trait, comme fragile, attire sur la plage les sentiments de ses lecteurs.
De la grâce. De la poésie et de la grâce : c'est avec ces mots qu'on parlerait spontanément de l'illustration pratiquée comme un art par Kitty Crowther. Lisez Moi et rien : il serait surprenant que vous ne ressentiez pas cette émotion qui s'empare de nous parfois à la projection d'un grand film. Quand, la lecture achevée, on referme Moi et rien s'ouvre aussitôt un espace lumineux, une révélation presque joyeuse : le sentiment d'avoir traversé une expérience forte et qui restera longtemps inscrite en nous. Ce n'est pourtant pas d'une aventure qu'il s'agit ici, tout au contraire. Lila est une petite fille qui a des soucis. Engoncée dans le trop long manteau de son papa, elle vague à l'âme. Elle a un ami, c'est"Rien". Une créature inventée, visible d'elle seule, à qui elle parle parfois et qui lui parle aussi. Mais Rien, c'est rien. Rien est une présence créée de toutes pièces pour combler une absence : celle de la mère de Lila qui vient de mourir. Jardinier au château voisin, le père de Lila n'est guère présent. On le sent enfermé dans son chagrin, incapable de parler à sa fille. D'où Rien.
Un jour, Lila va se fâcher avec son ami imaginaire parce qu'il lui dit de planter des graines de fleurs bleues que la mère de Lila adorait. Rien s'en va... Lila plantera seule les graines, les fleurs pousseront. Le jardin s'embellit et le père de Lila, surpris, s'émeut et parle enfin à sa fille. Au final, il lui donne le cadeau que sa femme voulait laisser à Lila ; une boîte dans laquelle la gamine découvre une poupée bizarre : Rien. Impeccable scénario, tout en délicatesse et retenue, tendu come un fil de funambule au-dessus du vide, Moi et Rien harmonise à chaque page le texte et l'image. On entre dans le livre comme on pénètrerait à l'intérieur de soi.
L'art du scénario Quand elle ne signe pas seulement l'illustration, Kitty Crowther déploie de belles qualités de scénario. Outre Moi et Rien, il faut citer Mon ami Jim. Il s'agit également dans cet album de faire sentir des sentiments. Jack est un merle des bois. Il décide de voir le monde et s'envole vers la mer où il va rencontrer Jim, une mouette. L'amitié est foudroyante et Jack décide de suivre Jim dans son village, loin de là. C'est un étrange village de pêcheurs qu'habitent les mouettes. Jack est dépaysé, mais il va subir le racisme ordinaire car "les mouettes n'aiment pas l'oiseau noir". Il n'y aura pas d'éclat ni d'exploits réalisés par Jim ou Jack pour changer cet état de fait. Mais de la patience, de la persévérance. Jim préfère rester avec son nouvel ami plutôt qu'aller en ville. Il lui apprend la mer, Jack lui apprend la forêt. A ces moments de bonheur s'ajoute un jour la découverte des livres. Jim les utilise pour allumer la cheminée, Jack lui montre qu'on peut aussi les lire et ce sera autour de la lecture, à voix haute, que peu à peu la ville des mouettes va adopter le merle noir. La métaphore du racisme n'écrase jamais cette histoire d'amitié dont la fragilité têtue tient pour beaucoup aux images. Kitty Crowther aime découper ses scènes dans des bulles de couleurs qui, par trois, rythment chaque page. On est proche là d'un découpage de bande dessinée qui laisserait une part primordiale au blanc de la page. C'est entre deux vignettes rondes, dans cet espace vierge, que le lecteur nourrit l'histoire de ses propres sentiments.
Un trait tremblant Pour qu'on investisse autant les histoire de Kitty Crowther, il faut que son dessin nous accueille. Or, justement, l'illustratrice utilise un trait fin, tremblotant, comme venu instinctivement de la main. Les personnages sont ainsi esquissés (ils ne s'imposent pas) avec une vraie force d'évocation. Il n'y a qu'à voir Va faire un tour, album muet qui montre un enfant boudeur quitter sa maison, faire le tour de la planète croisant, sans vraiment les voir, des fauves, des animaux marins ou terrestres, des monuments célèbres et des populations diverses avant de revenir, en fin de journée, chez lui où la soupe est prête. On s'attache à ce petit bonhomme qui nous fait voir le grand monde sans sortir de ses petites vignettes. La narration, uniquement dessinée, se fait ludique et tendre, joyeuse et maligne. Bref, elle touche, une fois de plus, à la poésie et la grâce.
Bibliographie sélective :
L'Enfant racine, Pastel, 2003
Le Bain d'Elias, Pastel, 2002
Scritch scratch dip clapotte, Pastel, 2002
Le Père Noël m'a écrit, Pastel, 2001
Madame la Marquise, tout va très bien, Didier Jeunesse, 2001
365 histoires, comptines et chansons, Albin Michel, 2000
Moi et rien, Pastel, 2000
La Grande ourse, Pastel, 1999
Trois histoires folles de Monsieur Pol, Pastel, 1999
Les animaux et leurs poètes, Albin Michel, 1998
Mon ami Jim, Pastel, 1997
Lily au royaume des nuages, Pastel, 1997
Copain des peintres, Milan, 1996
Un jour mon prince viendra, Pastel, 1995
Va faire un tour, Pastel, 1995
Mon royaume, Pastel, 1994
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