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Marie-Sophie Vermot
Adolescence sismique
Drôles quand ils sattachent aux plus jeunes, les romans de Marie-Sophie Vermot explorent souvent les moments difficiles de ladolescence. Lorsque le monde de lenfance se dérobe. Sans compromis mais avec une réelle bonté, son écriture éclaire dune lumière juste et sans fard, des jeunes filles que la vie a ébranlées.
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« Un jour, je me demande si je me souviendrai de tout ça avec précision, je veux parler de tout ce qui plane autour de mes quinze ans, de lair, lodeur de lair, du ton des gens et puis du reste, de ce qui fait mal, de ce qui laisse des traces ». Cest la narratrice de En plus, cétait pas prévu qui parle ici et ce quelle dit sonne comme le projet décriture de lauteur. Marie-Sophie Vermot, en effet, visite les âges de lenfance et surtout de ladolescence comme on feuillette un album de famille : les détails sonnent justes, le cadrage est serré.
Il sagit presque toujours de suivre une adolescente à un moment crucial de son existence. Ce moment où la vie bascule, où les mots des adultes à force de trop mentir se voient opposer un silence de muraille. Ce moment de tous les paroxysmes : lamour, la solitude, langoisse, le manque de confiance. Ce moment où se forgent les mots qui délivreront, ou les couleurs quon jettera sur une toile.
La recherche de lhorizon À lire le bouleversant Confiance, encore mieux et autocuiseur, on pense à Howard Buten et à son Quand javais cinq ans je mai tué. Diane vient de perdre son père. Elle a tenté de mettre fin à ses jours. Sa mère la place dans un lycée spécialisé où elle rencontre Jonas : lui a perdu sa petite amie dans un accident de scooter. Les deux adolescents, exilés, apprennent à se reconstruire. Le roman est écrit avec du silence, beaucoup de silence. Les mots y tracent un fragile fil dAriane. Jonas est hébergé par son oncle et son jeune cousin, Egen. Ils vivent dans la nature, comme ces personnages enfantés par les écrivains du Montana qui devinent que la nuit parfois laisse place à une aube de Rédemption. Marie-Sophie Vermot, pour respecter la fragilité de ses deux personnages, écrit une prose sans pesanteur, suspendue. Une lumière horizontale, douce. Quelque chose comme de la grâce.
Comme une renaissance Marie-Sophie Vermot, comme son héroïne dUne vie à part, a dévoré Faulkner et Steinbeck. Cela se devine dans Comme le font les garçons où elle sattache à deux enfants, Nathan et sa sur Malka, abandonnés par leur mère prostituée. Envoyée avec son frère en pension dans une ferme du sud, Malka va apprendre à habiter sa propre existence. Grâce au silence protecteur dEmma, la patronne, et à celui de la petite Pearl, enfant autiste venue avec sa mère quelques semaines vivre dans le calme de la propriété. Le récit avance entre lévidence de lamour et le mystère des blessures. Comme le puzzle dun miroir brisé que lhéroïne reconstituerait pour retrouver son vrai visage. Le temps qui passe ne bouscule pas, il révèle le monde à Malka et Malka à elle-même.
Le Lego de soi-même La quête de lidentité est un thème récurrent chez lécrivain, née en 1960. Dans En plus, cétait pas prévu, Christine, la meilleure amie de Pénélope, lhéroïne, est une enfant sage, un modèle. À quinze ans, pourtant, elle cache à tous quelle est enceinte. Jusquau malaise. Si elle refuse lavortement cest parce que, dit-elle, « cest mon enfant, non ? Cest à moi de décider. Cest la première fois que je décide seule ». Décider, affronter son destin, saffranchir, cela passe dabord par la nécessité de se reconnaître.
Dans Une vie à part, Jeanne doit surmonter un deuil plus complexe quil ny paraît aux yeux des autres. Sa mère sest tuée dans un accident de voiture mais Jeanne ne veut pas de la compassion. Elle réagit violemment. Saccageant les amitiés, elle met ses études en péril, devient anorexique. Parce que la mort de sa mère, peintre célèbre, rend impossible la seule réponse quelle attendait : laimait-elle ? Il faudra à Jeanne se couper du monde, sinventer une improbable vie, pour se retrouver, finalement.
Accepter Lépreuve prend souvent le visage de lautre. Dans Le Temps dune averse, Rose est envoyée par sa mère sur une île où vivent Angèle et sa fille Léa, handicapée mentale. Se retrouver avec Léa, nenchante guère Rose qui ne voit quune charge, un boulet, dans lenfant trisomique. Mais, doucement, Rose va modifier son regard puis son jugement. Elle en passera par lacceptation de sa propre fragilité. Cette acceptation de soi permet lenvol. Dans Les Volets clos, roman écrit au scalpel qui évoque la maladie dAlzheimer de son père, Éva, létudiante, hésite entre sombrer (le suicide par entaille du poignet revient deux fois dans luvre) ou vivre. Lépreuve quelle vient de traverser lui a donné lexacte valeur de lexistence. Et lui fait voir combien le ciel est bleu
Bibliographie :
Tu veux ma photo ?, École des Loisirs, 2001
Les Poussières à la plage, illustré par Kimiko, École des Loisirs, 2000
Casting, École des Loisirs, 2000
Avis de tempête, Pocket jeunesse, 2000
La Fin dun été, Flammarion-Père Castor, 2000
Quatre de trop, illustré par B. Savignac, Flammarion-Père Castor, 1999
Confiance, encore mieux et autocuiseur, École des Loisirs, 1998
Comme le font les garçons, École des Loisirs, 1998
Le Temps dune averse, École des Loisirs, 1997
Une vie à part, École des Loisirs, 1997
En plus, cétait pas prévu, École des Loisirs, 1997
Échappé sur pointes, illustré par C. Rouil, Casterman, 1996
Les Volets clos, Seuil, 1996
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