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Katy Couprie
L'art est un jeu d'enfant
Artiste peintre et photographe, la jeune Katy Couprie invente pour chaque livre une nouvelle façon de voir le monde. De lexceptionnel Anima à Tout un monde, elle décloisonne le regard de ses lecteurs. Ludiques, ses albums et ses imagiers, tracent le chemin dune école buissonnière du voir qui conduit à une liberté tout en couleurs.
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Cest une corne dabondance. Tout y est et chaque relecture donne à voir de nouvelles images. Tout un monde, limagier réalisé avec le complice Antonin Louchard, est un livre inépuisable. Fait de photographies, de dessins et de peintures, ce volumineux ouvrage mêle quelques trois cents images du monde, réel ou imaginaire, réalisées dans une multitude de techniques. Une telle abondance ne suffit pas : les images se parlent, dune page à lautre et, on le devine, chaque page peut parler différemment à chaque lecteur. La promenade quon y fait na pas besoin dêtre balisée par du texte : nous sommes libres. Le plaisir, la surprise, létonnement éveillent la curiosité, incite à ce que sécrivent, en silence, des dizaines dhistoires dont nous sommes les auteurs secrets.
Le regard libre Car Katy Couprie nimpose jamais une vision. Au contraire, elle cherche à défaire le mécanisme des images dÉpinal qui font les lieux communs de la pensée. Robert Pinou, publié comme Anima dabord par Le Sourire qui mord, piège ainsi les habitudes de lecture. Pour mettre son lecteur hors des sentiers battus de lhistoire illustrée, Katy Couprie pratique lart du contre-pied. Lalbum joue de la contradiction qui émane de chaque double page : à gauche le dessin minimaliste, enfantin, en noir et blanc a besoin du texte manuscrit pour raconter qui est Robert Pinou, le lapin. Cest, nous dit-on : «un lapin ordinaire», ce qui sillustre sans mal par limage de lanimal tel quon le connaît surmontée du mot «oui». Comme il est ordinaire, lillustratrice a aussi dessiné un autre animal, semblable mais avec une peau de léopard surmonté du mot «non». On sait où on est : livre pour enfants, donc didactique. Parfait ! Sauf que la page en vis-à-vis, qui attire lil immédiatement, est une page extraordinaire : un lapin, vêtu dun pyjama rayé bleu et rose (féminin et masculin ?), sort mal réveillé de son lit. Le cadrage de limage, la force des couleurs, balaient sans vergogne la page précédente. Le bonheur de la lecture viendra notamment de la contradiction que les pages de droite apportent à celles de gauche. Cela va jusquà lironie qui montre le peu dambition de Robert Pinou : page de gauche est dessinée une boîte de pâté de lapin alors quen face notre personnage, oreilles au vent, conduit un formidable cabriolet rouge qui roule si vite que les arbres du bord de route sont penchés vers larrière.
La clé du dehors Chaque peinture est un choc visuel : le mouvement, les couleurs happent le regard dans un maelström de sensations. Robert Pinou est une fête de couleurs, un débordement joyeux de vie. Une vie qui nest pas enclose dans la page et se prolonge bien au-delà. Les cadrages, dynamiques, viennent couper les perspectives comme pour dire que lon ne voit quune partie de la scène. La page devient une fenêtre ouverte sur le monde ou sur limaginaire à laquelle nous sommes invités à nous pencher pour aller y voir par nous-mêmes. Lalbum donne lélan au désir.
Katy Couprie compose ses livres comme on fait des invitations. Avec À deux mains, elle développe une variation sur ce quun tout petit enfant voit le plus : deux mains. Vivantes, les deux mains prolongent sur la page les bras de celui qui tient le livre. Elles peuvent dire beaucoup de chose, de la colère à la tendresse. Elles sont aussi le premier outil de création puisqu'en ombres chinoises, elles donnent naissance à des animaux
Quand le livre se referme, les deux mains ont donné vie à un oiseau qui senvole. La métaphore est belle.
Le langage des couleurs Elle sillustre dans Des milliards détoiles. Cet imagier apprend à compter. La première double page pose une maison au bord dun chemin qui délimite une colline. Apparaissent deux arbres, puis trois enfants, quatre vaches, etc.. Chaque double page ajoute des éléments aux précédents peuplant ainsi de plus en plus lespace. Le lecteur bâtit avec Katy Couprie ce lieu de vie que vont dominer, in fine, des milliards détoiles. Limagier fonctionne comme une clé magique pour ouvrir le coffre aux rêves.
Limage est souveraine. Dans Dodo, cest elle et elle seule qui raconte lhistoire. Par un habile travail de découpage en séquences, de plans plus ou moins larges, Katy Couprie nous fait cheminer nuitamment aux côtés dun chat qui, de la campagne où file une étoile, jusquà la ville où brillent les lumières, vient poser son regard protecteur sur un enfant qui sendort. On la compris, lillustratrice nest pas seulement une artiste : elle est poète aussi. Et depuis Rimbaud, on sait combien les lettres, pour écrire, peuvent être riches en couleurs
Bibliographie :
Dodo, avec Antonin Louchard, Thierry Magnier, 2001
À deux mains, Thierry Magnier, 2001
Robert Pinou, Être, 2001
Tout un monde : le monde en vrac, avec Antonin Louchard, Thierry Magnier, 1999
Bonhomme de neige, avec Marc Paygnard, Thierry Magnier, 1999
Oh ! La vache, avec Antonin Louchard, Thierry Magnier, 1998
Des milliards détoiles, avec Antonin Louchard, Thierry Magnier, 1998
Anima, sourire qui mord, 1991 (épuisé)
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