Ça commence avec les mots. Ce sont eux qui ont la clé de lhistoire quon lit. Les mots et les noms. Puisquil y a des noms qui vous imposent, dès votre naissance, un destin. Un nom juif, par exemple, lorsquon vit dans les années trente en Pologne. Ou un prénom charmant sur lequel à lécole, les élèves samusent à faire des plaisanteries. Ainsi de Viola (Viola violon), une jeune fille fière qui naime pas ce prénom surtout parce que Benny, le railleur, sen donne à cur joie pour se moquer delle. Jusquau jour où elle découvre que «Viola» a la même racine que «violon». Révélation lumineuse : Viola sera violoniste. Ça commence toujours comme ça avec Rachel Hausfater-Douïeb : une décision, un acte presque banal. Et puis la fierté, la passion, la fougue des personnages emportent tout. Très loin, très haut. Vers quelque chose qui pourrait, au final, donner un sens à lexistence. Donc Viola décide dapprendre le violon et cest ainsi que seule, elle fera les premiers pas vers lâge adulte. Elle prend ses responsabilités, elle se prend en charge. Rien désormais ne compte plus que la musique. Et réussir à lapprivoiser. Viola violon est un roman dapprentissage qui donne du courage parce quil est sans guimauve. Pas de grandiloquence ni de didactisme : derrière lambition de Viola se cachent les mille angoisses de ladolescence. Combler labsence - Viola découvre le violon et linstrument devient lami quasi exclusif car «(il) lavait guérie de sa peur de vivre. Il la protégeait et la rendait forte. Maintenant ses jours avaient un sens». Allant chercher des disques à la médiathèque, Viola prend aussi des livres. Et lon se dit quil y a trop de conviction dans les pages qui évoquent la découverte de la lecture pour quelles ne soient pas un message adressé par lauteur. Danser contre le chaos - Après avoir perdu son amour, sa famille, Perla na que le temps de jeter dans les bras de Wladek son enfant chéri, la chair de sa chair. Elle sera, avec les autres juifs, enfermée dans le ghetto. Rachel Hausfater-Douïeb a mis de la frénésie dans le métronome de son écriture. La saga de Perla va vite, tourbillonne, entre cauchemar et cauchemar. Avec toutefois de merveilleux moments de grâce, lumineux comme les yeux de ceux quelle aime. Le roman est dautant plus fascinant que son auteur excelle, en peu de mots, à faire sentir lamour maternel, le désir, la solitude et la fragilité. Dans la violence du monde, elle fait entendre le cur dun enfant qui bat contre la poitrine de sa mère. Pour ce faire, Rachel Hausfater-Douïeb accorde ses phrases aux rythme du sang dans les veines. La syntaxe épouse une musique, les mots sont des notes. Il y a là une véritable écriture qui trouve sa forme dans sa raison dêtre, dans son urgence. Une écriture, aussi, qui face à limmense drame sait se faire humble, sait retenir ses élans. Avec Perla, nous sommes en équilibre sur un fil et lhistoire a beau être une fiction, on devine que ce fil est le fil de la vie.
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Informations datées de 2001