Ne vous fiez pas au titre de lalbum quil a signé avec Olivier Poncer, Une histoire à dormir. Les livres de Claude Bourgeyx ne renferment pas de berceuses, bien au contraire. Vifs, pétillants et impertinents les courts récits de ce nouvelliste ressemblent à ces petits pétards quon fait exploser en série au moment de la fête nationale. On imagine bien lauteur des quarante-deux histoires extravagantes de Le Fil à retordre, en enfant de Doisneau, le béret basque sur la tête, en train de tirer les sonnettes des maisons avant de filer à langlaise. Et, de fait, il y a quelque chose des Pieds Nickelés dans les personnages de Claude Bourgeyx. Peu respectueux de la morale, les Nono-La-Paresse, Gigi-Sauterelle et Jean-Bertrand font de la grosse bêtise le Saint Graal qui leur donnera accès à ladmiration des autres. En loccurrence, dans Grosses Têtes et petits pieds, «leur occupation favorite consiste à glisser des crottes de chien dans les boîtes aux lettres des maisons.» Cousine de Zazie plutôt que de Sissie impératrice, Gigi-Sauterelle nest pas la dernière à ce jeu. La jeune donzelle bénéficie de circonstances atténuantes : son père boit plus que de raison. Le rire pour briser le réel - Jean-Bertrand na pas cette chance. Ses parents sont des gens bien. Cest-à-dire riches. Golf et équitation au menu des loisirs ne réjouissent guère le rejeton surtout que «la mère de Jean-Bertrand veut bien lui acheter un cheval, mais il nest pas question, comme son fils le souhaite, de garder lanimal dans lappartement. » Les adultes sont injustes. À limage de la maîtresse En-Rang-Par-Deux qui empêche soigneusement Nono-La-Paresse de roupiller en classe. Mentir vrai - Preuves à lappui, publié chez un autre éditeur, nappartient pas au même registre fantaisiste. Pourtant, ce roman pour adolescents symbolise parfaitement lautre face dune même uvre. François est élevé par sa mère depuis que son père a été «muté» il y a un mois. Une mutation à laquelle lenfant ne croira pas. Son père est parti, voilà tout. Il a quitté sa femme, trop maternelle, surtout il a quitté son fils : réalité insupportable sur quoi la mère met un mensonge gêné. Réalité douloureuse sur laquelle François va broder une histoire imaginaire. Pour les copains et les autres élèves de lécole, François va reconstruire la réalité : si son père est absent, cest parce quil est en cavale depuis quil a tué le bijoutier de la ville. François devient presque un héros, avec un père pareil ! Mais le mensonge implique quil soit tenu jusquau bout, jusquà labsurde presque. Cest bien en cela que ce roman délicat se rattache au reste de luvre : limaginaire, une fois de plus, vient combler un vide, une déception du réel. Écrite sur le mode réaliste, cette histoire porte toute la gravité des silences et des petits mensonges des adultes. Il évoque aussi la culpabilité de linnocent, lenfant quon abandonne et qui ne ressent pas plus de tristesse que ça à navoir plus de père. Il évoque le sentiment diffus de la honte : celle de la famille à laquelle on appartient, celle du niveau social où lon vit. Aux petites vies les grands mensonges, mais nest-ce pas par le mensonge que se fait voir la vérité ? Et nest-ce pas dans le mensonge que naît lécriture ?
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Informations datées de 2001