Frédéric Bernard

Voyager, rêver, grandir peut-être

Auteur et illustrateur, Fred Bernard est surtout un formidable conteur qui sait faire passer dans les mots ou les illustrations le souffle des histoires qu’il invente. S’il y est souvent question d’un long voyage, c’est toujours pour inscrire dans la durée du périple un apprentissage de la vie. Avec fantaisie parfois, humour souvent, tendresse toujours.

Voici le temps de l’épopée. On n’est pas bien grand, mais on rêve d’espaces incommensurables. Des montagnes où vivent de paisibles yétis et qu’on traverse, sous la neige, dans Le Train Jaune ; dans le ciel au-dessus de la mer où l’on vole à bord d’un vieux coucou (Le Secret des nuages) ; dans l’espace intergalactique qu’on observe à travers les hublots d’un vaisseau spatial (Cosmos). À l’origine de toutes ces histoires se profile le mythe de la conquête d’un monde. Mais ces conquêtes-là se font sans combat, dans l’harmonie originelle de l’homme avec la nature. Ainsi, dans Le Secret des nuages, voit-on Marco, pilote d’avion chevronné accompagné de son renard des sables (bonjour Le Petit Prince), s’aligner à la grande course aéronautique qui doit franchir le Triangle des Bermudes. Amoureux de la mer et du ciel, Marco sera épargné par le terrible Triangle qui lui révèlera son écologique mystère.
Dans Le Train jaune, Théo écoute avec ravissement les histoires de son grand-père, cheminot et pionnier qui vient de remettre en état le mythique Train jaune avec lequel il a franchi les montagnes fantômes. À la fin du récit, ce sera à Théo de prendre les commandes de la machine et de
mettre le cap vers un ouest nouveau…
Les voyages que nous propose Fred Bernard se font aux confins du rêve et pour peu qu’on soit attentif au monde, le cœur ouvert, on en revient changé et plus grand…

Association de bienfaiteurs - Lorsque La Reine des fourmis a disparu a obtenu en 1997 le prix Sorcières, c’était la complicité entre Fred Bernard et François Roca qui était récompensée. Les deux hommes se connaissent bien, ils se sont rencontrés à l’école d’illustrations Émile-Cohl à Lyon. Au texte fluide de Fred Bernard, François Roca répond par des illustrations oniriques, au trait précis. Les deux hommes puisent leurs images aux mêmes sources : lectures du Petit Prince ou d’Alice au pays des merveilles, souvenirs de l’enfance. À la peur des personnages de La Reine des fourmis… ou du splendide Le Jardin de Max et Gardénia correspondent les couleurs sombres, angoissantes, de Roca. Les variations de bleus lumineux, elles, font écho à l’onirisme atmosphérique du Secret des nuages.
Le duo donne avec Ushi un parfait exemple de cette concordance. Ushi, petit Indien d’Amérique, est aveugle. Sa tribu est décimée par les blancs atteints de la fièvre de l’or. Il doit partir à la recherche du Sommet du monde qui lui donnera la paix et la vue. L’enfant est accompagné d’un raton laveur (bonjour Davy Crockett) et suivra un chemin initiatique qui le conduira de l’angoisse à la joie. Les couleurs et la lumière des illustrations suivent le cheminement de l’enfant comme si elles illustraient plus l’état d’âme du jeune Indien que
les paysages qu’il traverse. Une belle métaphore sur l’apprentissage de la solitude, de la mort des proches.

Dompter la peur - Le Jardin de Max et Gardénia, inspiré par Lewis Carroll, joue en permanence du rapport entre le monde extérieur et l’angoisse, la peur de l’inconnu. Max est un chat roux né le même jour que Gardénia sa copine la souris. Ils vivent ensemble dans un petit jardinet (lieu de l’enfance) entouré d’un haut mur où règne un immense chat noir et dangereux. Derrière l’enceinte, l’aventure les attend et il va leur falloir affronter leur propre peur pour y aller voir. Le texte de Fred Bernard désamorce constamment l’angoissante atmosphère des images de Roca. Il s’agit d’indiquer au lecteur qu’il peut, lui aussi, s’aventurer vers cet inconnu effrayant.
Fred Bernard ne se contente pas d’écrire. Il dessine aussi. Pirates sortis de bandes dessinées (Les aventures de Warf le Pirate) les personnages de Fred Bernard ont des chevelures sauvages, des silhouettes énergiques et drôles, la tête dans les nuages ou les étoiles. Ils sont l’enfance joyeuse et débridée, l’amitié poétique. À l’image de Mina et du Capitaine, héros de L’Arche à Nino. Cet album-CD a été écrit et dessiné pour Nino Ferrer dont la voix éraillée se marie parfaitement avec les illustrations et le texte de Fred Bernard. Nino Ferrer, avant de se donner la mort, avait émis le souhait que ce livre soit réalisé. Cette arche est à l’image des livres de Fred Bernard : lieu de tous les voyages possibles, lieu protégé qui annihile l’angoisse et la mort et réconcilie l’homme avec la nature. Lieu de l’enfance écoutée.


Bibliographie sélective :
L’Arche à Nino, avec Nino Ferrer, Seuil, 2000
Des souris et des loups, Grandir, 1998
Mon ami crocodile, Albin Michel, 1996
Les Aventures de Warf le pirate, avec P.H. Turin, Seuil, 1996

avec François Roca :
Ushi, Albin Michel, 2000
Monsieur Cloud, Seuil, 1999
Cosmos, Albin Michel, 1999
Le Train jaune, Seuil, 1998
Le Jardin de Max et Gardénia, Albin Michel, 1998
Le Secret des nuages, Albin Michel, 1997
La Reine des fourmis a disparu, Albin Michel, 1996

Informations datées de 2001