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Patrick Mosconi
L'apprentissage par épreuve
Scénariste, auteur de polars et grand amateur des Indiens dAmérique, le Palois Patrick Mosconi avoue bien volontiers son amour pour les hommes de fort caractère (de Geronimo à Guy Debord en passant par Louise Michel). Ses jeunes héros trouvent souvent dans ses histoires de quoi se forger leur personnalité.
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On reconnaît les raconteurs dhistoire à la jubilation et à lexcitation qui percent à travers les lignes des livres quils écrivent. Une jubilation contagieuse qui très vite sempare du lecteur, à la lecture, par exemple de Le Chant de la mort, cette épopée de la vie de Geronimo. On pourrait croire, à lire les récits sur les Indiens, qua écrits Patrick Mosconi que lApacheria (le territoire des Apaches) commence dans les Pyrénées atlantiques. Patrick Mosconi nest pas seulement un grand érudit de la culture indienne : il semble lavoir intériorisée, jusquà en faire une éthique personnelle.
Est-ce des Indiens que vient cette idée déchanger les identités des personnages, de brouiller ainsi lego sacro-saint de nos sociétés. Car, que ce soit dans Jai tué mon prof !, dans La Danse du loup ou Le Voleur de famille, les héros sont doubles, ou substitue leur destin à celui dun autre.
Renoncer à soi par humanité Jai tué mon prof ! commence mal. Pour Moustaches lainsi surnommé professeur irascible qui se retrouve littéralement collé sur sa chaise par une colle ultra forte. Julien, lauteur de la farce, se dénonce aussitôt pour éviter la punition collective. Cest tout à son honneur mais il va le regretter. Lexclusion de lécole se profile au bout de la semaine avec le conseil de classe. Lenfant essaie, en se concentrant très fort, dagir sur la santé du prof afin déchapper à la sanction. Et surprise ! Le prof tombe malade et meurt. À ce niveau de lhistoire, qui nen est que le début, on pourrait se croire dans un ouvrage de la collection Chair de poule. Julien a un pouvoir terrifiant
Mais, Patrick Mosconi se joue de ce cliché. Julien nen mène pas large et veut, dans une de ces épreuves qui traversent toute luvre de Mosconi, se confronter au deuil de la famille du prof. Julien va découvrir que Moustaches nest pas mort, quil sest seulement rasé pour prendre la place de son frère, décédé lui dune crise cardiaque. La raison de cette substitution ? Le frère de feu Moustaches est papa dune petite fille hospitalisée qui risque, orpheline, de se retrouver à la DDASS. Moustaches renonce à sa vie pour prolonger celle de son frère et sauver ainsi la petite fille.
De savantes constructions On voit ainsi la mécanique narrative de Mosconi. Il ne sagit pas tant de rendre palpable par lécriture la psychologie du héros, nous montrer ses états dâme à travers journaux intimes ou confessions, que révéler une dimension du réel à travers une successions de faits qui se révèle à lenfant quand celui-ci montre une forme de courage.
Avant de devenir Geronimo, lApache Goyahkla devra subir une épreuve quasiment mystique (Le Chant de la mort). Trahis par larmée mexicaine, les Apaches se font massacrer à lissue de deux jours de fête. Goyahkla perd tous les siens, sa mère, sa femme, ses enfants. Sa douleur est immense : il ne mange plus, ne parle plus. Le conseil des guerriers lenvoie demander le soutien de Cochise. Cest dans le désert que Goyahkla (famélique et moribond) va entendre la voix et voir dans les cieux la forme dun ours qui lui donneront le courage de se battre.
La Danse du loup est un conte dont on ne finira jamais dexplorer les méandres cachées : lépreuve que doit surmonter une jeune villageoise ici est, dabord, celle de la peur, ensuite, celle du rejet. Nous sommes dans un village touché par la famine. Près du lac un loup blanc, issu de la légende, surprend les femmes du village. Elles senfuient sauf Maya, saisie par la beauté du loup. Alors quon la pleure au village, Maya rentre chez elle avec une nouvelle extraordinaire : elle veut se marier avec le loup et si les villageois acceptent, son mari leur livrera chaque jour de quoi manger. Horrifiés par cette union contre nature, les habitants acceptent le marché car ils ont faim. Mais peu à peu, le racisme sinstalle et un jour, Maya sera assassinée. Son fils (homme aux yeux de loup) gardé en otage, on verra le loup blanc dévorer le corps de sa belle dans un ultime geste damour (
).Pour quelle fasse partie de lui, de sa chair. On le voit là encore : lidentité reste une convention. Maya devient louve, le loup shumanise, leur enfant reste à la frontière de deux règnes. Mais ce que les villageois ne supportent pas, cest quune des leurs devienne un peu autre
Construire son destin Plus troublant encore, et très émouvant, Le Voleur de famille nous plonge dans lunivers des Indiens. Tom, le narrateur est orphelin depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture. Ce Mexicain voit arriver un jour à lorphelinat un jeune Indien, Frank, avec lequel il va nouer une amitié très forte. Frank a le choix entre rejoindre sa famille indienne ou poursuivre la voie suivie par ses parents vers une américanisation. Fidèle au souhait de son père il choisira dêtre adopté par une famille blanche américaine. Les enfants se quittent mais Tom découvre plus tard dans un des tiroirs de Frank, de largent, sa pièce didentité et la photo des parents défunts. Tom alors décidera de se faire passer pour Frank et de rejoindre sa famille indienne. Lhistoire raconte la fuite de lorphelinat, le racisme ordinaire, larrivée dans la réserve misérable où vivent, heureux malgré tout, les Indiens. Ceux-ci accueille Tom avec un amour dont il nosait pas même rêver. Le bonheur qui souvre serait parfait si Tom ne souffrait pas de mentir ainsi à un peuple qui laccueille. Il devra surmonter une nouvelle épreuve : dire la vérité.
À lapprentissage de la nature (les chevaux, le nom des plantes, etc.) sajoute alors la connaissance de soi et du cur humain. Le récit fait affleurer la grande sagesse des Indiens et la rend proche du lecteur. Qui sy glisse avec la jubilation de qui découvre un nouvel espace dans le monde
Bibliographie sélective :
La Danse du loup, Albin Michel, 1998
Le Voleur de famille, Casterman, 1997
Le Roi des menteurs, Syros, 1994
Jai tué mon prof, Syros, 1993 (rééd. 1998)
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