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Jean-Noël Blanc
Lenfance à fleur de peau
Stéphanois né en 1945, Jean-Noël Blanc travaille comme sociologue à Lyon, se passionne pour le football et le vélo, larchitecture et lurbanisme mais surtout pour la vie des mots de la langue française.
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Selon la désignation quil emploie lui-même, Jean-Noël Blanc écrit des romans-par-nouvelles (mais aussi des polars - Tir au but). Certains de ses livres sont ainsi constitués de textes courts, de fictions qui peuvent échanger entre elles quelques échos ou carrément constituer une seule histoire. Fil de fer, la vie appartiendrait ainsi à la première catégorie et serait donc plus proche dun recueil de nouvelles que dun roman. Encore que
En lisant ces récits poignants, ciselés dans une langue polymorphe mais toujours juste, on se rend compte quun roman peut raconter autre chose que lhistoire dun personnage. Et quon peut, par exemple, faire le roman dune ville, dun hôtel (comme dans Hôtel intérieur nuit) ou ici des troubles de lenfance. Bardane par exemple, a contrario appartiendrait plutôt à le seconde catégorie, celle des livres proches du roman. On suit la vie de Pierrot à travers de courtes scènes qui ne respectent pas la linéarité chronologique mais qui sont autant de pièces dun même puzzle. Le roman-par-nouvelles possède un intérêt que les recueils nont pas : il incite le lecteur à combler les espaces de silence entre les textes. On voit ainsi Pierrot (Bardane
) emmené par son papa dans une pension, avant de le retrouver dans le texte suivant, plus âgé, au chevet de son père mourant. Que sest-il passé entre ces deux textes, ces deux époques, ces deux Pierrot ? Chaque lecteur, immanquablement est appelé à combler le vide. Et ce nest pas une des moindres qualités de Jean-Noël Blanc que de nous forcer à combler ce vide en le nourrissant, inconsciemment, de notre intime.
Léquilibre dune langue juste La participation du lecteur au livre peut aller jusquà lui proposer des exercices décriture comme cest le cas dans le ludique Galipettes arithmétiques choisies où lauteur donne aux chiffres lapparence de personnages (le 8 peut ainsi sincarner en une charcutière dodue, serrée à la taille). Mais on notera que Jean-Noël Blanc na nul besoin dune méthode oulipienne pour inciter le lecteur à investir ses livres.
Ses romans possèdent une réelle capacité dévocation qui repose sur un travail stylistique déquilibriste. En effet, et Fil de fer, la vie en est un bel exemple, il joue fréquemment de plusieurs niveaux de langage. Ses histoires font entendre des voix, témoins, acteurs de lhistoire ou « voix off ». Lémotion naît plus de la manière dont ces voix nous parlent que de ce quelles nous disent. Le Chat pelé (dans Fil de fer, la vie) nous montre un gamin envoyé par sa mère faire les courses, car elle ne peut pas payer ses dettes et elle pense que personne ne refusera de servir son fils. Lenfant parle : « Quand je suis arrivé devant la boulangerie, je me disais que ce serait en Jaguar. Quand jai poussé la porte du magasin, cétait en Rolls-Royce. (
) Jai demandé le pain. Sil vous plaît madame. » Lémotion ne vient pas du fait que lenfant pauvre rêve de grosses voitures mais bien de la fragilité de son rêve, de lutilisation quil fait du conditionnel (« ce serait en Jaguar »), de ses hésitations quant à la marque rêvée. Ce langage-là, miné par la réalité, sonne vrai. Équilibriste lauteur : car un adjectif en trop, un rythme mal réglé, et la justesse du ton se change en un banal chromo pathétique.
La politesse de lhumour Jean-Noël Blanc ne pratique pas le conte de fée à la sauce guimauve. Ses récits convoquent des enfants mal aimés, des combats de cour de récréation ou des combats de rues en guerre, des violences de poings et des violences de mots, des échecs amoureux et des vies de misère. Pour autant, lauteur évite les Charybde et Scylla dune telle littérature : pathos et grandiloquence sont désamorcés par lhumour. Et cet humour prend parfois des couleurs noires, il cingle magistralement le désespoir pour libérer les zygomatiques. Bardane par exemple montre combien Pierrot a souffert de mille manques affectifs (à commencer par celui dû à labsence dune mère) et sest constitué, aux yeux des autres, une carapace charmante : il fait le clown. Son sens de la répartie joue à plein lorsquil se trouve dans une situation délicate : quand, amoureux, il sempêtre dans sa timidité et quand délaissé il lutte contre larrivée des larmes. Ses amis rient, on rit aussi, mais comme on sait de quelle tristesse vient la pitrerie, on admire également.
Lacuité du regard Dans ses livres à destination de la jeunesse, Jean-Noël Blanc évoque souvent la honte dont souffrent ses personnages, à travers de petits détails, des propos a priori anodins mais qui blessent une sensibilité écorchée : honte dêtre petit, honte dêtre gros, honte dêtre pauvre. Il arrive parfois que la honte mette sur le manque daffection pas mal de rage, et les poings alors se serrent dans les poches. Et quand la honte, ou le désespoir est collectif, il arrive que les banlieues flambent (Tir au but). Pour dire cela, les souffrances intimes comme les blessures sociales, Jean-Noël Blanc a aiguisé son regard. Ses scènes, taillées au plus juste, si vives quon dirait vécues, ressemblent à de petites mécaniques implacables au cur de quoi le héros et avec lui le lecteur cherchent une faille, espèrent un secours. Une acuité du regard qui nécessite aussi une capacité certaine à retrouver lenfance, à la revivre. On comprend dès lors la passion de lauteur pour le football puisque, comme le dit Tavernier lofficier de police de Tir au but : Un beau match, cest une si belle histoire, on redevient gamin, jen ai besoin. Ce même officier qui, son affaire classée, conclut le roman par cette belle phrase : Quand je serai grand, je me ferai cycliste. Une phrase, sans aucun doute possible, autobiographique
Bibliographie sélective :
Tir au but, Seuil, 1999
Bardane par exemple, Gallimard Jeunesse, 1999
Fil de fer, la vie, Gallimard Jeunesse, 1998
Galipettes arithmétiques choisies, Le Dilettante, 1993
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