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Grand amateur des Indiens dAmérique, Michel Piquemal (né en 1954) dans une tribu aurait une place similaire à celle des chamans ou des sorciers. Non pas quil soit à tu et à toi avec les dieux, mais plutôt parce quil sait merveilleusement faire le lien entre lenfance et lâge adulte. Aussi parce quéditeur et auteur, le bonhomme a plus dune corde à son arc.
Sil avoue avoir beaucoup joué aux Indiens, on devine que lauteur de Paroles indiennes a passé aussi une bonne partie de son enfance à lire. La collection "Carnets de sagesse" quil dirige chez Albin Michel en témoigne. Lhomme aime les histoires ou les poèmes qui viennent, du monde entier, apporter leur touche à lappréhension de la vie. On ne compte plus les titres qui, tels un chapelet géant, égrènent le parcours décrivain de ce militant de lenfance. Il nest pas rare de le croiser dans les salons, les festivals, les bibliothèques ou les collèges, infatigable pédagogue. Il rêvait denseigner et il est devenu instituteur. Il rêvait décrire et son activité lui réclame tant quil a dû se mettre en disponibilité. Lappétit de connaissance - Avec ses "Paroles de ", la collection quil dirige chez Albin Michel, il propose aux jeunes lecteurs des anthologies thématiques (Paroles de poètes, Paroles de femmes, Paroles de révolte, Paroles de fraternité, etc.) qui font la part belle aux auteurs réputés pour adultes. Dans une présentation très colorée et très moderne, ces ouvrages symbolisent bien le travail de Michel Piquemal. Pour parler du monde daujourdhui, pour en révéler les souffrances, les joies et les incertitudes, lécrivain-éditeur fait confiance à la seule littérature. Le sens passe par les sens, la brièveté du texte ouvre de larges espaces pour le questionnement, la réflexion. De par leur caractère encyclopédique, les anthologies expriment bien le désir de savoir. Doù ce goût pour les anthologies : Petite Anthologie du fantastique, Petite Anthologie du conte ou encore Petite Anthologie du théâtre comique. Pour autant, lhomme nest pas un donneur de leçon et lanthologie se distingue de lencyclopédie en cela quelle nest pas exhaustive. Au contraire, par ses manques, sa brièveté, ses absences, lanthologie a des vertus apéritives. Émoustillé, lenfant a envie den savoir plus. Les droits de lenfant - Dans Les Orphelins dAmérique, lécrivain se fait journaliste engagé. Ému par le sort des enfants miséreux du Brésil, du Pérou ou du Nicaragua, esclaves ou vagabonds violents et sauvages, Michel Piquemal retrace à travers trois histoires le destin de trois enfants. La plume se fait discrète, élimine les effets de manche littéraires pour, naturellement, coller au plus près dune réalité révoltante. Les valeurs humaines dont lauteur regrette labsence (la justice, lamour, lécoute) sont les mêmes que celles quil met à jour dans ses récits sur les Indiens dAmérique. Ainsi dans Petit Nuage découvre-t-on un jeune orphelin boiteux conquérir par son courage, et grâce à la sagesse de sa grand-mère, la considération de toute la tribu et même celle de la tribu ennemie. Dans ce va-et-vient permanent entre un passé mythique (celui des Indiens) et un présent sans concessions, lécrivain dresse une même parole : celle du refus de loppression et du racisme, un appel au respect des droits de lenfant. Parole intime - Mais Michel Piquemal aborde aussi des thèmes plus souterrains, plus sentimentaux. Dans lalbum Cadet-Rousselle aux deux maisons il montre le bonheur denfants de parents divorcés. En effet, après les disputes douloureuses, la séparation donne une deuxième maison aux mômes et plus de temps à passer avec chacun des parents. Pour évoquer ce sujet, Michel Piquemal mitonne des rimes de comptines : élégance de la dédramatisation. On sait combien le conte exprime souvent les pulsions inconscientes. A ce registre, Benjamin et son papa géant est une belle réussite. Monstre de foire, le papa de Benjamin fait peur à son fils. Il ressemble à un ogre immense et lenfant reste enfermé dans sa chambre pour lui échapper. Le père sen inquiète et après que son fils la rejeté, il tombera malade. Le père absent, Benjamin peut jouer avec sa maman, lui faire «des câlins, sans trembler de peur». Mais lamour de la mère pour son mari, ses larmes devant lincompréhensible maladie, ramèneront lenfant à ses sentiments filiaux et le père géant savèrera être le meilleur compagnon de jeux. Le comique (LAppel du Miaou-Miaou) et la tendresse (La Mer a disparu) sont autant douvertures taillées dans lopacité du monde. Au bout de ces récits multiples, lenfant sest rapproché un peu plus des adultes. Lécrivain dans lintime, le journaliste face au monde et linstituteur vis-à-vis du savoir ébauchent devant lui autant de chemins quil naura plus quà tracer. Thierry Guichard
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Informations datées de 1999