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En présentation de son dernier recueil de poésie Éloge de la patience paru aux éditions de La Différence, léditeur, après avoir précisé que lécrivain-voyageur avait été «enseignant, journaliste, auteur de livres pour enfants» ajoute : «il est surtout poète». Il ny a quà lire les albums réalisés avec Louis Joos ou Claude K. Dubois pour sen convaincre. Mais la poésie de Carl Norac se nourrit aussi bien de ses souvenirs que de ses voyages.
On pourrait jouer à ne lire dabord que les dédicaces que Carl Norac appose à ses livres. On y décellerait immédiatement son goût pour les amitiés et sa passion pour les voyages. «Pour Houraye Anne, une amie du Sénégal dont jai perdu la trace» ouvre ainsi LEspoir Pélican alors que Le Sourire de Kiawak est dédié à «Mathew Aqigaaq, sculpteur de Baker Lake». On pourrait multiplier les exemples qui dessinent cette quête fraternelle à travers le monde. Car, oui, ce jeune Belge né en 1960 est un grand voyageur. Les voyages intérieurs - Ainsi avoue-t-il que Nemo et le volcan sinspire directement de sa rencontre en Indonésie avec le Krakatoa en irruption. Doù, avec Louis Joos, des albums qui arpentent aussi bien le Grand Nord, les Etats-Unis, lAfrique que lAsie. Mais Carl Norac ne se contente pas de se déplacer à la surface du globe. Sil nest venu à la littérature destinée à la jeunesse quaprès avoir écrit des recueils de poésie, lhomme y a découvert probablement de nouvelles terres dexploration. Dans Beau comme au cinéma («Pour Hélène, Zoé et Farah, cette histoire écrite à Liège»), lécrivain explore plus limaginaire dun enfant quun territoire géographique. Oscar, est seul : même le soir quand ils rentrent du travail, ses parents «semblent être ailleurs». Pour meubler le temps libre des mercredis et des samedis, lenfant séchappe dans limaginaire, aidé en cela par les séances de cinéma qui léblouissent. En peu de phrases, Carl Norac parvient à nous faire pénétrer dans lâme dOscar. On ressent dautant plus vivement ce qui nest pas dit : le sentiment de la solitude et limpression dêtre étranger (la famille vient darriver dans la ville). Mots du désir, désir des mots - Les Mots doux et LÎle aux câlins nous font retrouver dautres sensations venues du plus profond de lenfance. Ces deux albums qui associent à lécriture de Carl Norac les illustrations de Claude K. Dubois sadressent à de jeunes enfants. Mais quil est bon, adulte, de les lire encore ! Dune écriture où se mêlent le ludique et la poésie, Carl Norac dépeint les désirs de tendresse du petit. Dans LÎle aux câlins, par exemple, Lola, la jeune marmotte, va rester seule à la maison. Pour pallier labsence de ses parents, elle décide de construire une île aux câlins puisque «même à la télé, dans les dessins animés, personne ne pense à se câliner». Pour ce faire, elle doit rassembler tout ce qui dans la maison est doux. Lauteur nous guide alors dans un univers domestique où la valeur des choses ne sétablit quen fonction du désir de lenfant. Ladéquation se fait alors entre les choses et les mots ; ainsi «Les serviettes de bain ? Cest câlin.» Lenfance sage - Dans Éloge de la patience, le poète écrit : «Allongez-vous en moi, il y a de la place. La misère est bien douce, jy ai mis de la paille. ( ) Sachez abandonner un peu de votre peau, quelques griffures à peine, une part de salive où je vous apprendrai ce que nul na appris de lamour ou de labandon.» On se dit alors que cette parole aurait pu être prononcée par les personnages de ses histoires destinées à la jeunesse. Comme si lenfance, sans cesse, pouvait apprendre à lauteur qui sy allonge, ces choses invisibles, entre rêves et souvenirs qui font battre les curs. Comme si lenfance était le lieu même de la sagesse. Et comme si courir le vaste monde ne servait quà trouver en soi toutes les fraternités rêvées. Thierry Guichard
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Informations datées de 1999