Carl Norac

Sur la piste des mots

Né en 1960, Carl Norac est professeur de français, scénariste (bandes dessinées et films) et poète (il figure à ce titre dans diverses anthologies aux Éditions ouvrières et chez Hachette).
De ces voyages à travers le monde, il évoque dans ses livres des lieux et des rencontres. Il a débuté dans la littérature jeunesse en 1986 et a reçu le prix Livrimages au Salon de Montreuil en 1996 pour Les Mots Doux.
Avec trois collaborateurs (auteurs et illustrateur), il coécrit quatre titres réunis dans un coffret (Dis les bruits) « pour que les bruits qui nous entourent nous fassent entrer dans la sarabande des mots ».

 

En présentation de son dernier recueil de poésie Éloge de la patience paru aux éditions de La Différence, l’éditeur, après avoir précisé que l’écrivain-voyageur avait été «enseignant, journaliste, auteur de livres pour enfants» ajoute : «il est surtout poète». Il n’y a qu’à lire les albums réalisés avec Louis Joos ou Claude K. Dubois pour s’en convaincre. Mais la poésie de Carl Norac se nourrit aussi bien de ses souvenirs que de ses voyages.
On pourrait jouer à ne lire d’abord que les dédicaces que Carl Norac appose à ses livres. On y décellerait immédiatement son goût pour les amitiés et sa passion pour les voyages. «Pour Houraye Anne, une amie du Sénégal dont j’ai perdu la trace» ouvre ainsi L’Espoir Pélican alors que Le Sourire de Kiawak est dédié à «Mathew Aqigaaq, sculpteur de Baker Lake». On pourrait multiplier les exemples qui dessinent cette quête fraternelle à travers le monde. Car, oui, ce jeune Belge né en 1960 est un grand voyageur.

Les voyages intérieurs - Ainsi avoue-t-il que Nemo et le volcan s’inspire directement de sa rencontre en Indonésie avec le Krakatoa en irruption. D’où, avec Louis Joos, des albums qui arpentent aussi bien le Grand Nord, les Etats-Unis, l’Afrique que l’Asie.
Mais Carl Norac ne se contente pas de se déplacer à la surface du globe. S’il n’est venu à la littérature destinée à la jeunesse qu’après avoir écrit des recueils de poésie, l’homme y a découvert probablement de nouvelles terres d’exploration. Dans Beau comme au cinéma («Pour Hélène, Zoé et Farah, cette histoire écrite à Liège»), l’écrivain explore plus l’imaginaire d’un enfant qu’un territoire géographique. Oscar, est seul : même le soir quand ils rentrent du travail, ses parents «semblent être ailleurs». Pour meubler le temps libre des mercredis et des samedis, l’enfant s’échappe dans l’imaginaire, aidé en cela par les séances de cinéma qui l’éblouissent. En peu de phrases, Carl Norac parvient à nous faire pénétrer dans l’âme d’Oscar. On ressent d’autant plus vivement ce qui n’est pas dit : le sentiment de la solitude et l’impression d’être étranger (la famille vient d’arriver dans la ville).

Mots du désir, désir des mots - Les Mots doux et L’Île aux câlins nous font retrouver d’autres sensations venues du plus profond de l’enfance. Ces deux albums qui associent à l’écriture de Carl Norac les illustrations de Claude K. Dubois s’adressent à de jeunes enfants. Mais qu’il est bon, adulte, de les lire encore ! D’une écriture où se mêlent le ludique et la poésie, Carl Norac dépeint les désirs de tendresse du petit. Dans L’Île aux câlins, par exemple, Lola, la jeune marmotte, va rester seule à la maison. Pour pallier l’absence de ses parents, elle décide de construire une île aux câlins puisque «même à la télé, dans les dessins animés, personne ne pense à se câliner». Pour ce faire, elle doit rassembler tout ce qui dans la maison est doux. L’auteur nous guide alors dans un univers domestique où la valeur des choses ne s’établit qu’en fonction du désir de l’enfant. L’adéquation se fait alors entre les choses et les mots ; ainsi «Les serviettes de bain ? C’est câlin.»

L’enfance sage - Dans Éloge de la patience, le poète écrit : «Allongez-vous en moi, il y a de la place. La misère est bien douce, j’y ai mis de la paille. (…) Sachez abandonner un peu de votre peau, quelques griffures à peine, une part de salive où je vous apprendrai ce que nul n’a appris de l’amour ou de l’abandon.» On se dit alors que cette parole aurait pu être prononcée par les personnages de ses histoires destinées à la jeunesse. Comme si l’enfance, sans cesse, pouvait apprendre à l’auteur qui s’y allonge, ces choses invisibles, entre rêves et souvenirs qui font battre les cœurs. Comme si l’enfance était le lieu même de la sagesse. Et comme si courir le vaste monde ne servait qu’à trouver en soi toutes les fraternités rêvées.

Thierry Guichard


Bibliographie sélective
Le Sourire de Kiawak, écrit avec Louis Joos, Pastel, 1998
L’Espoir pélican, écrit avec Louis Joos, Pastel, 1998
L’Île aux câlins, Pastel, 1998
Beau comme au cinéma, écrit avec Louis Joos, Pastel, 1997
Les Mots doux, prix Livrimages 96, Pastel, 1996
La Candeur, La Différence, 1996
Un Loup dans la nuit bleue, écrit avec louis Joos, Pastel, 1996
Cœur de singe, écrit avec Jean-Claude Hubert, Pastel, 1995
Nemo et le volcan, écrit avec Louis Joos, Pastel, 1995
Le Voyageur Libre, Les Eperonniers, 1995
Romulus et Rémi, Pastel, 1994
Le Canal du centre, écrit avec Jean-Pierre Gailliez, Casterman, 1994
Le Lion Fanfaron, Casterman, 1991
Le Maintien du désordre, Caractères, 1990
À toi de jouer, Casterman, 1990
Dis les bruits - La Mer, avec C. Clément, C. Hellings et D. Maes, Casterman, 1989
Dis les bruits - La Ville, avec C. Clément, C. Hellings et D. Maes, Casterman, 1989
Dis les bruits - La Maison, avec C. Clément, C. Hellings et D. Maes, Casterman, 1989
Dis les bruits - La Campagne, avec C. Clément, C. Hellings et D. Maes, Casterman, 1989

Informations datées de 1999