Michael Morpurgo

À la conquête de soi-même

Né en 1943, près de Londres, Michael Morpurgo se consacre dans un premier temps au métier des armes puis il choisit d'enseigner l'anglais. En 1972, il s'installe à Iddelsleigh pour exploiter une ferme qu'il fait visiter aux enfants issus des quartiers défavorisés de la ville. Marié à Clara Danes (qui est aussi son premier éditeur), il est le père de trois enfants.
Il a entamé sa carrière d'écrivain il y a vingt ans et a écrit depuis une quarantaine de livres, traduits dans le monde entier. Il a réécrit quelques-uns de ses romans pour les adapter au cinéma (Cheval de guerre, Le Jour des baleines, Le Roi de la forêt des brumes). il se rend souvent dans des écoles ou des bibliothèques en france à la rencontre des enfants.

 

L’écrivain anglais, né en 1943, compose des romans haletants où le monde s’offre dans toute sa beauté et tous ses contrastes. Chaque jeune héros, souvent orphelin, doit l’affronter pour trouver l’objet de sa quête : l’amour des siens, la dignité ou simplement sa place dans le monde. Et avec lui, le lecteur peut-être, grandit un peu plus vite.
C’est une vieille antienne aujourd’hui de dire que la littérature anglo-saxonne se frotte plus volontiers à l’ampleur du monde que la littérature hexagonale encline, elle, à déchiffrer les petits émois intimes. A l’aune de cette loi, les romans de l’Anglais Michael Morpurgo ne surprendront pas le lecteur. Très vite un mot s’impose : celui de souffle.

Le souffle initiatique - A lire, entre autres Le Trésor des O’Brien ou Le Roi de la forêt des brumes on est pris dans le vent d’une épopée peu commune. Le Trésor des O’Brien s’ouvre en Irlande en 1847, et c’est toute la famine que l’on y découvre, et c’est la misère des Irlandais et leur haine de l’Anglais que l’on y lit. Elu du destin, le jeune héros de ce roman initiatique bénéficie avec sa sœur de l’amitié d’un soldat de la couronne qui les fait partir en Amérique à la recherche de leur père. Et c’est l’univers de la marine que l’on explore, l’exploitation des miséreux, leur souffrance et la violence des éléments. Nous sommes, à ce moment du roman, dans l’univers de Conrad ou Melville, en plein émerveillement. Puis, ce sera la misère des immigrants, le racisme ordinaire et, encore, le voyage à travers tout le continent. Morpurgo nous fait sentir l’odeur des chevaux, l’éloignement de l’horizon pour qui y cherche un refuge, l’abnégation des colons et leurs rêves de vie nouvelle. Au bout du périple, les deux enfants auront appris tout ce qui fait la vie, de l’amitié à la méchanceté, de la cupidité à la générosité la plus absolue : celle qui fait qu’on donne sa vie pour l’autre.

A l’école de l’héroïsme - L’enfant est un héros, habité par un devoir qui le transcende. Il lui faut retrouver un père, il lui faut sauver l’honneur d’un nom, aider des enfants juifs à échapper aux nazis durant la Seconde Guerre mondiale. L’héroïsme est une grandeur de l’âme qui ne va pas sans douleur. Dans Anya, Jo veut d’abord sauver un ourson menacé par ses amis bergers. L’ourse a été tuée et peut-être l’enfant dont le père est absent voit-il son double dans le petit animal. Mais l’ourson lui fait rencontrer, dans la montagne où il vit, un homme étrange et mystérieux. Jo découvrira qu’à quelques encablures de l’Espagne, un père juif attend sa fille pour fuir les Allemands et qu’il héberge d’autres enfants pour leur offrir la liberté. Jo aura alors à porter ce terrible secret et à le cacher aux yeux de tous à commencer par sa mère et son grand-père.

L’hymne à la création - L’écriture de Michael Morpurgo n’autorise pas le détachement. Haletant, le récit joue du suspens et d’autre chose encore, moins visible, mais qui donne à chaque roman une profondeur et une résonance qui bouleversent. Le Roi de la forêt des brumes — qui nous fait traverser la Chine et le Tibet — exalte la nature, la montagne et le regard porté sur chaque chose est celui d’un homme attentif qui sait révéler toute la poésie du monde. Tissée dans le rythme effréné des romans, l’exaltation devant la montagne, un aigle, l’éveil de la nature, la mer, apparaît comme un cadeau donné aux lecteurs par un écrivain qui se dit aussi fermier. Voici le monde et vous en faites partie semble-t-il nous dire. Dans cette œuvre foisonnante, il est souvent fait mention de la Bible et de Dieu : la foi des personnages trouve sa raison d’être dans l’immensité du monde. A cette foi fait écho le chant de la nature. Un chant parfois amer, comme dans L’Ours qui ne voulait pas danser où l’appât du gain et de la gloire vient à bout de la grâce. La jeune Roxanne qui a apprivoisé un ourson se laissera séduire par le miroir aux alouettes du cinéma et de la chanson. Elle quittera son village et son ours qui ne lui survivra pas. Il n’est pas innocent que le narrateur de ce roman soit l’instituteur du village : un homme qui fait le lien entre l’enfance et les adultes. Et qui a le même métier que l’auteur.

L’intime universel - Percevoir le monde extérieur dans toute sa beauté et sa violence ne serait rien si Michael Morpurgo n’était pas passé maître dans l’art d’exprimer les sensations du corps. Et à travers elles, les émois de l’âme. Monsieur Personne se nourrit des souvenirs de l’auteur. Un jeune enfant, malheureux depuis que sa mère s’est remariée (son père est mort à la guerre) trouve dans une guenon de cirque une amie providentielle avec laquelle il fugue. Dans sa fuite, il traverse des paysages hantés par le conflit mondial avant de trouver, au bout de sa propre nuit, l’amour qu’il ne voyait pas en plein jour.
Le corps, dans ses souffrances et ses besoins joue parfois le rôle de commandeur. C’est souvent que les enfants, dans ces romans, sont confrontés à la faim et à la soif (Le Roi de la forêt, Le Trésor des O’Brien) ou au froid (Monsieur Personne). Michael Morpurgo excelle à faire sentir ces cris du corps. Et devant tant de justesse, on se souvient que l’auteur est né durant la Seconde Guerre mondiale à Londres, sous les bombardements. Probable que la faim, le froid et la violence lui aient été donnés en même temps que la vie. Ce qui expliquerait aussi que ses histoires soient autant habitées.

Thierry Guichard


Bibliographie sélective
Le Trésor des O’Brien, Gallimard, 1999
Le Roi Arthur, Gallimard, 1998
Le Lion blanc, Gallimard, 1998
Robin des bois, Gallimard, 1998
L’Ours qui ne voulait pas danser, Gallimard, 1997
Le Roi de la forêt des brumes, Gallimard, 1997
Cheval de guerre, Gallimard, 1997
Monsieur Personne, Gallimard, 1996
Le Naufrage du Zanzibar, Gallimard, 1994
Anya, Gallimard, 1992
Le Jour des baleines, Gallimard, 1990

Informations datées de 1999