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Lécrivain anglais, né en 1943, compose des romans haletants où le monde soffre dans toute sa beauté et tous ses contrastes. Chaque jeune héros, souvent orphelin, doit laffronter pour trouver lobjet de sa quête : lamour des siens, la dignité ou simplement sa place dans le monde. Et avec lui, le lecteur peut-être, grandit un peu plus vite.
Cest une vieille antienne aujourdhui de dire que la littérature anglo-saxonne se frotte plus volontiers à lampleur du monde que la littérature hexagonale encline, elle, à déchiffrer les petits émois intimes. A laune de cette loi, les romans de lAnglais Michael Morpurgo ne surprendront pas le lecteur. Très vite un mot simpose : celui de souffle. Le souffle initiatique - A lire, entre autres Le Trésor des OBrien ou Le Roi de la forêt des brumes on est pris dans le vent dune épopée peu commune. Le Trésor des OBrien souvre en Irlande en 1847, et cest toute la famine que lon y découvre, et cest la misère des Irlandais et leur haine de lAnglais que lon y lit. Elu du destin, le jeune héros de ce roman initiatique bénéficie avec sa sur de lamitié dun soldat de la couronne qui les fait partir en Amérique à la recherche de leur père. Et cest lunivers de la marine que lon explore, lexploitation des miséreux, leur souffrance et la violence des éléments. Nous sommes, à ce moment du roman, dans lunivers de Conrad ou Melville, en plein émerveillement. Puis, ce sera la misère des immigrants, le racisme ordinaire et, encore, le voyage à travers tout le continent. Morpurgo nous fait sentir lodeur des chevaux, léloignement de lhorizon pour qui y cherche un refuge, labnégation des colons et leurs rêves de vie nouvelle. Au bout du périple, les deux enfants auront appris tout ce qui fait la vie, de lamitié à la méchanceté, de la cupidité à la générosité la plus absolue : celle qui fait quon donne sa vie pour lautre. A lécole de lhéroïsme - Lenfant est un héros, habité par un devoir qui le transcende. Il lui faut retrouver un père, il lui faut sauver lhonneur dun nom, aider des enfants juifs à échapper aux nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Lhéroïsme est une grandeur de lâme qui ne va pas sans douleur. Dans Anya, Jo veut dabord sauver un ourson menacé par ses amis bergers. Lourse a été tuée et peut-être lenfant dont le père est absent voit-il son double dans le petit animal. Mais lourson lui fait rencontrer, dans la montagne où il vit, un homme étrange et mystérieux. Jo découvrira quà quelques encablures de lEspagne, un père juif attend sa fille pour fuir les Allemands et quil héberge dautres enfants pour leur offrir la liberté. Jo aura alors à porter ce terrible secret et à le cacher aux yeux de tous à commencer par sa mère et son grand-père. Lhymne à la création - Lécriture de Michael Morpurgo nautorise pas le détachement. Haletant, le récit joue du suspens et dautre chose encore, moins visible, mais qui donne à chaque roman une profondeur et une résonance qui bouleversent. Le Roi de la forêt des brumes qui nous fait traverser la Chine et le Tibet exalte la nature, la montagne et le regard porté sur chaque chose est celui dun homme attentif qui sait révéler toute la poésie du monde. Tissée dans le rythme effréné des romans, lexaltation devant la montagne, un aigle, léveil de la nature, la mer, apparaît comme un cadeau donné aux lecteurs par un écrivain qui se dit aussi fermier. Voici le monde et vous en faites partie semble-t-il nous dire. Dans cette uvre foisonnante, il est souvent fait mention de la Bible et de Dieu : la foi des personnages trouve sa raison dêtre dans limmensité du monde. A cette foi fait écho le chant de la nature. Un chant parfois amer, comme dans LOurs qui ne voulait pas danser où lappât du gain et de la gloire vient à bout de la grâce. La jeune Roxanne qui a apprivoisé un ourson se laissera séduire par le miroir aux alouettes du cinéma et de la chanson. Elle quittera son village et son ours qui ne lui survivra pas. Il nest pas innocent que le narrateur de ce roman soit linstituteur du village : un homme qui fait le lien entre lenfance et les adultes. Et qui a le même métier que lauteur. Lintime universel - Percevoir le monde extérieur dans toute sa beauté et sa violence ne serait rien si Michael Morpurgo nétait pas passé maître dans lart dexprimer les sensations du corps. Et à travers elles, les émois de lâme. Monsieur Personne se nourrit des souvenirs de lauteur. Un jeune enfant, malheureux depuis que sa mère sest remariée (son père est mort à la guerre) trouve dans une guenon de cirque une amie providentielle avec laquelle il fugue. Dans sa fuite, il traverse des paysages hantés par le conflit mondial avant de trouver, au bout de sa propre nuit, lamour quil ne voyait pas en plein jour. Le corps, dans ses souffrances et ses besoins joue parfois le rôle de commandeur. Cest souvent que les enfants, dans ces romans, sont confrontés à la faim et à la soif (Le Roi de la forêt, Le Trésor des OBrien) ou au froid (Monsieur Personne). Michael Morpurgo excelle à faire sentir ces cris du corps. Et devant tant de justesse, on se souvient que lauteur est né durant la Seconde Guerre mondiale à Londres, sous les bombardements. Probable que la faim, le froid et la violence lui aient été donnés en même temps que la vie. Ce qui expliquerait aussi que ses histoires soient autant habitées. Thierry Guichard
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Informations datées de 1999