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Quil écrive des contes, des nouvelles, des romans, de la poésie ou du théâtre, Yves Heurté na de cesse de bousculer et les mots et les lecteurs. Comme si pour cet arpenteur du monde les meilleurs voyages étaient ceux qui secouent un peu. Né en 1926, lécrivain, en interrogeant sans cesse la responsabilité de lindividu face à son destin, apparaît comme un moraliste très moderne.
Yves Heurté est un écrivain fasciné par les histoires au point den glisser plusieurs dans un même livre. Limaginaire est un vaste espace à plusieurs dimensions dans lequel lhomme aime à se perdre. Dans Le Phare de la vieille cest même le sujet essentiel : un journaliste assez médiocre se voit chargé décrire lhistoire pour le moins hallucinante que lui confie un Allemand ivrogne. Nous sommes en Bretagne et les légendes arrivées au rivage semblent sêtre transformées en histoires plus contemporaines. Le journaliste sombrera dans une fascination morbide pour le récit que fera, jour après jour et verre après verre, lancien officier de la marine teutonne. Yves Heurté nous raconte lhistoire dun homme qui raconte une histoire. Poupée gigogne, miroir aux alouettes : le récit est un hymne, aussi, à lart de raconter. Le choix du courage - Mais le désir dhistoires nest pas exempt dexigences. Et chez cet écrivain breton du Sud de la France (il vit dans les Pyrénées), le récit met en exergue des valeurs récurrentes. Au sentiment de culpabilité qui torture Goetz dans Le Phare de la veille fait écho celui de Pablo dans LAtelier de la folie ou celui de Genia dans LHorloger de laube. Et il sagit toujours de la même culpabilité : celle qui résulte dune lâcheté à ne pas sinterposer entre un tortionnaire et ses victimes. Ecrivain engagé, Yves Heurté lest très clairement dans LAtelier de la folie qui se déroule dans une prison dAmérique latine. Prise dans une rafle aveugle, une jeune étudiante va découvrir en prison lenfer de la dictature. Fille de bonne famille, elle va choisir de rester enfermée plutôt que de bénéficier des grâces du régime. Que ce soit dans ses romans, ses nouvelles ou ses contes, Yves Heurté place souvent ses personnages devant un dilemme : faut-il risquer sa peau au nom de la justice ? On devine sa réponse mais il sait faire sentir combien de courage il faut pour choisir de mener sa vie et non dêtre mené par elle. Une écriture sanguine - «Qui ne dérange rien ni personne, ne libère rien ni personne» : cette profession de foi ouvre le site internet de lécrivain (http://members.aol.com/yheurte/). A laune de ce credo, la langue dYves Heurté nhésite pas à abattre parfois la carte du parler vrai : les mots crus, les injures soulignent la violence des hommes. Si la peur et la lâcheté entraînent certains à ne pas voir la réalité, les pulsions, la bassesse, les désirs libidineux en entraînent dautres à commettre les pires exactions. Lâme humaine nest pas toujours très reluisante et les mots pour la décrire ont besoin dêtre à son image. Il est vrai aussi que ces mots-là sont porteurs dune énergie qui circule dans chaque livre de lécrivain. Amateur dellipses, le bonhomme ne sembarrasse pas de scènes de transition, de longues descriptions : dans ses romans ou ses contes, il sagit surtout dajouter des faits aux faits, dans une sorte de spirale qui entraîne de plus en plus vite le lecteur dans sa lecture. La complexité du moraliste - «Pour quun enfer soit vraiment lenfer, il faut de la morale.» Ces propos dun personnage de LAtelier de la folie expriment parfaitement lattitude que lécrivain semble avoir vis-à-vis dune morale qui serait lapanage de tous les pouvoirs. Morale imposée et liberticide. A lopposé, Yves Heurté nérige pas de tables de la loi. Il montre simplement des êtres confrontés à leur destin. Victimes souvent de tyrans ils nont guère dautres choix que se révolter au prix de leur vie ou se soumettre. En faisant de ceux qui résistent des êtres en prise au doute, lécrivain leur épargne la dimension de héros et les rend plus proches de nous. Dans Le Livre de la lézarde, lécrivain (accompagné de lillustratrice Claire Forgeot) montre même quil est possible de trouver la liberté dans lacceptation du joug. Le personnage de Joon dans LAtelier de la folie est exemplaire : au service des tortionnaires, il aidera la jeune étudiante à fuir la prison. Mais après combien dhésitations et de souffrances ! Avec Yves Heurté, le courage nest pas un mot clinquant ; le courage est un chemin de croix. Thierry Guichard
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Informations datées de 1999