Jeanne Ashbé

L’ethnologue des tout-petits

Jeanne Ashbé est née le 6 novembre 1955 en Belgique. Elle est mère de cinq enfants. Elle a exercé le métier de logopède au Canada, puis en Belgique. Elle est auteur-illustrateur depuis dix ans. Elle anime également un lieu de rencontres et d'information sur tout ce concerne la grossesse, la naissance et la vie avec de jeunes enfants. Elle joue du violoncelle, aime la lecture, la couture, le cinéma.

 

Auteur et illustratrice belge, Jeanne Ashbé est avant tout une grande observatrice des bébés auxquels elle consacre toute son œuvre. Avec une douceur extrême elle parvient à reconstituer dans ses dessins les petits gestes du quotidien. Ses mots viennent mettre les trois petites notes de musique qui avec les images mettent l’émerveillement à chaque page.
Ce sont toujours des petits événements quotidiens que Jeanne Ashbé met en scène dans ses albums destinés aux tout-petits. Le réveil du matin, les au-revoir, le bain. Événements probablement minuscules aux yeux des grands mais gigantesques à hauteur des bébés.  
A ce soir ! évoque par exemple une journée à la crèche pour Sam le bébé et Léa qui elle est déjà une grande. La maman de Sam, le papa de Léa accompagnent les enfants, les rassurent (papa, maman viendra te chercher), les embrassent et s’en vont. Restent les nounous, les autres enfants, l’heure de la purée et celle de la sieste avant que le papa de Sam et la maman de Léa ne viennent, à leur tour, chercher les enfants.

La précision des gestes - Si l’on est fasciné d’abord par la tendresse et la vie qui se dégagent des illustrations, c’est parce que Jeanne Ashbé sait montrer des gestes vrais, observés souvent dans la réalité. Une tendre chatouille au coin du cou et de la petite épaule du bébé qui penche la tête, les deux mains de l’enfant qui tentent d’attraper la moustache du grand-père, le refus du nourrisson de se laisser débarbouiller le museau. Dans cet univers tout en finesse, il est très fréquent de voir les adultes à quatre pattes ou le corps plié en deux pour parler à l’enfant. C’est un peu comme cela qu’on imagine l’auteur au travail.

Les mots qu’il faut - Bien que destinés à des enfants ne sachant pas lire, les albums de Jeanne Ashbé laissent une place importante aux mots. Avec leur rythme de comptines, leur fraîche spontanéité, ils permettent d’apprivoiser un peu mieux le réel. La part ludique de chaque situation s’offre comme un rendez-vous joyeux à ne pas manquer. Ainsi dans Au revoir ! lorsque le grand-père part : «Vite, vite à la fenêtre, pour dire : “Au revoir, Bon-papa ! " » et face au texte, on voit l’enfant de dos, tenu par sa mère, debout sur le rebord de la fenêtre, une main levée et l’autre comme posée sur le carreau. L’exigence, l’éthique, de Jeanne Ashbé lui font éviter les mots ridiculement gnan-gnan que trop souvent on voudrait accoler à ces situations. Dans ces albums, l’enfant dort et ne fait pas dodo, la boue salit et n’est pas “caca”, etc.

Les rimes de couleurs - Véritables signatures de Jeanne Ashbé : les taches comme des pois blancs que l’on retrouve aussi bien sur les habits de l’enfant que sur ceux de sa mère ou sur quelques jouets. Comme de petites boules de coton ou des flocons de neige immortels. Souvent, le jeune lecteur retrouvera d’une page à l’autre ces petits signes de tendresse comme un fil d’Ariane coloré, une rime dans l’image, un refrain. Car l’album développe une narration avec le seul pouvoir des images. Et le temps qui passe reste souvent un personnage important de ces moments vécus. Le bébé ne compte pas en heure mais en moments d’émotion : le moment de dire au revoir, le moment de jouer, le moment de retrouver le papa ou la maman, le moment d’aller se coucher.

La liberté donnée aux enfants - Les albums de Jeanne Ashbé laissent le regard de l’enfant libre de trouver son chemin. L’auteur, fascinée par la manière avec laquelle les bébés s’approprient le monde et les mots, parvient à créer un espace ou l’adulte et le tout-petit se retrouvent. Elle dépeint magnifiquement les relations, choses invisibles, entre les êtres. Dans Cher Père Noël, l’enfant à genoux lève haut le bras pour faire voler l’avion alors que le Père Noël, à côté, se tasse sur le sol pour faire rouler une petite voiture. Les deux se rejoignent dans une activité ludique qui met le monde de l’enfance à porter de l’adulte et le réel à portée de l’enfant. A moins qu’il ne s’agisse de l’inverse…

Thierry Guichard


Bibliographie :
Où va l'eau ?, Pastel, 1999
Au revoir, Pastel, 1998
Tout barbouillé, Pastel, 1998
Cher Père Noël, Pastel, 1998
Et dedans il y a ..., Pastel, 1997
Les Petits Mots, Pastel, 1997
Cachatrou, c’est ma bouche, Pastel, 1996
Cachatrou, c’est mon nez ,Pastel, 1996
Cachatrou, c’est mon oreille, Pastel, 1996
Cachatrou, ce sont mes yeux, Pastel, 1996
Et pit et pat à quatre pattes, Pastel, (réed. en 97, Ecole des Loisirs), 1995
A ce soir !, Pastel, (réed. en 98, Ecole des Loisirs), 1995
Bonjour !, Pastel, 1994
Ca va mieux !, Pastel, 1994
On ne peut pas !, (réed. École des Loisirs, 1996), Pastel, 1994
Coucou !, Pastel, 1994

Informations datées de 1999