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Ultima Tullet
Quand un publicitaire rencontre un illustrateur et un peintre, que se racontent-ils ? Des histoires pour la jeunesse. Surtout s'il s'agit d'une même et unique personne : Hervé Tullet. Ça devait arriver. C’est arrivé. Au fond, peu importe la date. 2020, 2050 ou 3010. Faites vos jeux, il y a déjà longtemps que rien ne va plus. Et un vilain matin, leur planète saccagée jusqu’au moindre recoin, les Terriens sont allés se faire voir sur Titan ou quelque satellite alentour. Le dernier a coupé l’électricité, fermé la porte, jeté la clef et un ultime coup d’œil dans son télescope. La Terre y était bleue comme une orange pourrie. Bien des millénaires ont passé jusqu’à ce qu’une mission venue des confins de l’univers ne redécouvre ce petit coin de galaxie. Toute trace de vie avait disparu depuis longtemps. Non, pas exactement. Une malle, posée en évidence au milieu du grand nulle part, attirait tous les regards. Pleine à craquer des œuvres d’Hervé Tullet. À partir de cet unique vestige, comme chez nous jadis on parvenait à reconstituer un dinosaure sur la base d’un fragment d’os, la délégation s’est fait une idée des plus précises de la civilisation engloutie. Dans Rose citron, ils apprirent ainsi que des cheveux verts poussaient sur nos têtes et une barbe bleue sur nos visages, qu’un sang blanc coulait dans nos veines et des larmes orange de nos yeux, qu’un soleil vert et une lune rose brillaient dans notre ciel d’où tombaient parfois quelques flocons de neige rouge, que des araignées roses pendaient à nos plafonds et des fantômes jaunes dans nos placards. Après avoir compulsé Dix fois dix, ils prirent bonne note que nous possédions une tête, deux oreilles, trois nez, quatre yeux, cinq bouches, six zizis (si, si), sept bras, huit narines, neuf dents et dix cheveux. Ça se précisait. En lisant Les Cinq sens, ils s’étonnèrent de constater que les anciens habitants échangeaient leurs couleurs pendant l’amour l’homme passait du bleu au rose tandis que la femme accomplissait le trajet chromatique inverse. Leurs appareils détectèrent une certaine tension : tantôt une ligne claire et des couleurs franches (Comment j’ai sauvé mon papa ou Bonhomme rond), tantôt des incursions dans les parages de l’art brut et du dessin d’enfant (C’est toute une histoire ou Les Cinq sens). Les visiteurs se dirent aussi que nous ne devions pas manquer d’humour. Comment j’ai sauvé ma maman : des trous pratiqués dans chaque page laissaient apercevoir le détail d’une scène tout à fait inattendue lorsqu’on la découvrait en entier. Coucou turlututu : une variation délirante sur le thème pourtant rebattu du livre interactif. Et puis, tout au fond de la malle, un bijou d’une paradoxale couleur nuit : Le Premier Jour ou la face cachée d’Hervé Tullet. Manière et format inhabituels pour une cosmogonie où Jules Verne et Chirico se donnent la main pour faire une ronde avec Turner et Nicolas de Staël. Quelques survivants en quête de « la pierre noire du bout du monde » traversent quinze paysages intérieurs, d’une beauté à couper le souffle ou à perdre le sommeil entre les toiles, et assistent « à la naissance du nouveau monde. » Et les visiteurs des confins surent que tout recommencerait un beau matin, et qu’après le dernier jour viendrait un premier jour. Éric Naulleau
Bibliographie : Aux éditions du Seuil jeunesse : Comment j’ai sauvé ma maman, 1997 Faut pas confondre, 1998 (Prix Non-Fiction Enfance de la Foire de Bologne 1999) Le Jour et la nuit, 2000 Série « au fur et à mesure » au Seuil jeunesse : Copain, Kopain, 1999 J’arrive, 1999 Petit ou Grand, 2000 Fort, vraiment fort, 2000 Mais qu’est ce qui cloche ?, 2000 Rose Citron, 2001 Comment papa a rencontré maman, 2002 Bonhomme rond, 2002 Bonhomme carré, 2002 Comment j’ai sauvé mon papa, 2002 Les Cinq sens, 2003 C’est magique, 2003 Dix fois dix, 2003 Le Premier jour, 2003 Coucou Turlututu, 2004 C’est toute une histoire, 2004 et Vous avez déjà essayé ? Seuil Pratique 2000 (Livre de Cuisine) Travail visible sur son site : http://www.herve-tullet.com |
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Informations datées de 2005