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Claudine Desmarteau
Claudine Desmarteau est née en 1963. Lors du choix crucial de l’orientation au lycée, elle opte sans hésiter pour la section dite « des glandus » (A7 : philo/arts plastiques). Après des études à l’école supérieure des Arts appliqués Duperré, elle travaille dans des agences de publicité où elle sévit en tant que directrice artistique, entre 1986 et 2000. Mais Claudine Desmarteau se lasse de l’univers impitoyable de la réclame et se remet à gribouiller dès qu’elle a un moment libre. Elle commence à dessiner pour la presse (Le Nouvel Observateur, Télérama, Les Inrockuptibles…) puis rencontre Jacques Binsztok et Brigitte Morel, qui permettent à son mauvais esprit de s’épanouir en toute quiétude au Seuil Jeunesse. Ses livres mettent en scène des enfants impertinents et perspicaces qui ont l’audace de ne pas penser systématiquement comme leurs parents.
Elle se consacre aujourd’hui à son activité d’auteur-illustratrice, et poursuit des collaborations régulières avec la presse.
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La morale à zéro
Ses albums sont peuplés de sales gosses et de parents indignes, d’ogres téléphages et de clones malfaisants. Claudine Desmarteau a le génie mauvais.
Disons-le bien haut : Claudine Desmarteau constitue un exemple déplorable pour la jeunesse de notre pays.
Après de prometteurs débuts dans la publicité en qualité de directrice artistique, elle ne fait plus rien aujourd’hui que se moquer. Et, pour commencer, des émissions censées vider notre cerveau afin d’ensuite mieux le farcir de réclames pour diverses boissons gazeuses (Vu à la télé) le tout accompagné de dessins où les spectateurs du petit écran sont dépeints sous les traits d’une famille d’ogres gavés de « brochette de popstars », « navet sauce à l’américaine » et autre « ragoût de cobayes gratinés marinant dans leur jus ». Textes et illustrations d’une si redoutable efficacité sur la détente des zygomatiques qu’on se surprend à s’esclaffer tout haut. On ne devrait pas. Inutile d’encourager Claudine Desmarteau.
Mais il y a pire. Dans Maman était petite avant d’être grande, l’auteur insinue, avec la complicité de Valérie Larrondo, que les récits des parents sur leur enfance n’entretiendraient qu’un rapport assez lointain avec la vérité. Sur les pages de gauche, telle ou telle affirmation des plus édifiantes : « Maman ne disait jamais UN gros mot » ou « Maman était toujours prête à lire de jolies histoires pour endormir son petit frère. » Tandis que sur les pages de droite, la machine à remonter le temps nous informe que la sainte mère ne lâchait en effet jamais de jurons autrement que par paquets de quatre et que son livre de chevet s’intitulait : Le Loup, la Sorcière, le Monstre et Frankenstein au ski. Claudine Desmarteau ne respecte décidément rien.
Lorsque dans un moment de faiblesse, elle se laisse aller à quelque bon sentiment, le lecteur ne tarde cependant pas à tomber de haut. Sous prétexte d’enrichir le vocabulaire de nos chères têtes blondes (on aurait dû se méfier), le Dictionnaire des synonymes se transforme bientôt en une charge bouffonne contre l’institution scolaire dont les principaux personnages se nomment Sinistre le ministre et Dominatrice la directrice. Pas la peine de vous faire un dessin, Claudine Desmarteau s’en charge.
Autre dictionnaire, autre sujet de consternation : Le Petit rebelle. Apologie sans nuances de l’anarchie : à la question « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Je réponds : « NON ». Ce n’est pas la vergogne qui risque d’étouffer Claudine Desmarteau.
Même la génétique ne sort pas indemne de cette entreprise de démolition. Le jeune et anti-héros de Je veux un clone souhaite un double « qui conjuguerait le verbe s’ennuyer à l’école alors que je suis en mission dans les pays de la banlieue est », « qui embrasserait la moustache de tante Jeannie pendant que je tague sa Mercedes », etc. On ose espérer qu’il y a une seule Claudine Desmarteau au monde.
Ah si, tout de même, l’auteur croit à une force supérieure : « Je suis parti à l’école, et en regardant au-dessus de ma tête pour voir ce qui était écrit là-haut, j’ai marché dans une crotte de chien. C’est vraiment nul le destin. » C’est écrit là-haut, vous viendrez un jour à Claudine Desmarteau.
Éric Naulleau
Bibliographie :
Aux éditions du Seuil jeunesse :
Maman était petite avant d’être grande, 1999
Petit guerrier, 1999
C’est écrit là-haut, 2000
Dictionnaire le petit rebelle, 2001
Je veux un clone, 2002
Vu à la télé, 2003
Tous jaloux, 2004
Dictionnaire des synonymes, 2004
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