May Angeli

Ancienne élève de l’école des Métiers d’art de Paris, May Angeli fit ses premières armes aux éditions de La Farandole puis au Père Castor. Elle y créa des images à l’aquarelle, au crayon, à l’encre et à la gouache, mélangeant parfois ces différentes techniques.
En 1980, elle a la révélation de la gravure. De là, la publication aux éditions du Sorbier des Histoires comme ça de Kipling, puis du Joueur de flûte de Hamelin, de Dis-moi dont May Angeli écrivit aussi le remarquable texte ou encore de Qui perd la boule ? où elle expérimente avec bonheur la linogravure. Elle reviendra, pour Thierry Magnier ou pour Bilboquet, Syros et Grimm Press, aux xylographies dont elle possède une rare maîtrise, éditant parallèlement des livres d’artistes.

Le palmier et la fourmi

Reprenant le procédé classique de la gravure sur bois, May Angeli lui donne une nouvelle fraîcheur pour porter un regard décalé sur les couleurs et les textures du monde.

La terre vue du ciel réserve bien des surprises : une géométrie insoupçonnée dont le manque de recul cachait l’existence, une palette de couleurs inattendues qui semblent obéir à une logique nouvelle, une gamme de textures d’une incroyable variété. Chacun a pu en faire l’expérience en prenant l’avion ou simplement en contemplant des photographies aériennes. Mais que voit une fourmi qui entreprend l’escalade d’un palmier ? Sa perception du monde doit être à coup sûr aussi insolite que l’est à nos yeux la terre vue du ciel. De ce changement d’échelle May Angeli tire des effets qui ne cessent d’étonner. Passant d’une vision cosmique à l’observation minutieuse d’une feuille elle nous fait découvrir un monde étrange et fascinant que l’on avait sous les yeux et que l’on ne savait pas voir. C’est la carapace d’une tortue, damier coloré sur lequel progresse un insecte, la peau rugueuse d’un crocodile qui se transforme en toboggan où dévale la boule soyeuse d’un chat, la partition endiablée que compose un troupeau de zèbres lancés au galop, la terre en gestation au milieu d’éléments en fusion. L’impression est d’autant plus vive que May Angeli travaille avec une remarquable économie de moyens explorant chaque couleur jusque dans ses infinies variations. Ainsi dans Chat, un récit sans paroles publié chez Thierry Magnier, les variations en trichromie (vert, jaune, bleu) donnent toute son énergie à l’aventure d’un chat, noir et blanc lancé dans de bondissantes péripéties à travers le monde. Qui de l’œuf, qui du poussin ? pousse la gageure encore plus loin sur le thème d’une étude en jaune. May Angeli qui a appris la gravure sur bois en Italie a voulu appliquer cette technique à l’illustration des livres pour la jeunesse. Au début elle a rencontré des réticences, la technique ancienne et déjà tellement utilisée semblait décidément démodée. Mais c’est justement le mérite de May Angeli de rendre toute sa force à ce procédé éprouvé. La vigueur du trait, l’utilisation des veines du bois, la superposition des encres donnent un résultat étonnant dans Histoires comme ça de Rudyard Kipling ou Le Joueur de flûte de Hamelin. Le résultat est à la fois familier par un certain aspect classique de la gravure et totalement surprenant par l’utilisation très personnelle que l’artiste fait de la xylographie. Ses albums ont d’ailleurs été primés ou sélectionnés à Bologne et Bratislava.
May Angeli utilise d’autres techniques, la gouache, l’encre, l’aquarelle, dans des compositions souvent marquées par les couleurs du Sud et particulièrement de la Tunisie où elle travaille régulièrement : ocres chauds du désert, bleus intenses des ciels nocturnes. Les albums dont elle compose à la fois le texte et le dessin sont des fables pleines d’humour sur la difficulté de s’entendre. Dans Manège, c’est Jean qui néglige ses chevaux de bois et leurs adeptes pour les beaux yeux de Zoïa qui vend des guimauves au risque de faire péricliter les deux commerces, c’est Zora l’ânesse, furieuse de voir des oiseaux braillards envahir le figuier auquel elle aime tant se frotter. Mais que l’on se rassure, comme dans le superbe Voisins de palmier, tout finit par s’arranger dans le monde enchanté de May Angeli.

Gérard Meudal


Bibliographie :
Auteur d'ouvrages illustrés :

L'Oiseau de Noël, La Farandole, 1975.
La Cuisine française, Syros, 1990.
À l'envers, à l'endroit, Syros-Alternatives, 1991.
Drôle d'oiseau, Syros-Alternatives, 1992.
Le Tour du monde de Groucho, Le Sorbier, 1997.
Qui perd la boule ?, Le Sorbier, 1998.
Une chanson pour sa majesté, Syros, 1998.
Dis-moi, Le Sorbier, 1999.
Manège, Le Sorbier, 2000.
Hep, l'oiseau, réédition, Syros, 2000.
Oiseau migrant, réédition, Syros, 2000
La Robe de Jneima, Syros, 2000.
Mon jardin, mon potager, Bilboquet, 2001, L'Art en page.
Zora, l'ânesse, Thierry Magnier, 2002.
Voisins de palmier, Thierry Magnier, 2004.


Ouvrages illustrés par May Angeli :

Aux éditions La Farandole :
Madeleine Gilard, Christine et François, 1961.
Maurice Jean, Le Petit macaque, 1962.
Simone Saudax, La Petite salamandre au carnaval, 1964.
Marie-Louis Vert, Histoire de Bernard-L'Ermite, 1965.
Monique Bermond, Le Sapin et l'oiseau de Noël, 1977.
Germain-Robin, Alger tu connais, 1985.
Sandrine Pernusch, Faustine et le souvenir, 1986.


Aux éditions Flammarion – collection Père Castor :
Hélène Fatou, Vigie la marmotte, 1969, (rééd. 1986).
J. Guyot, Derrière la montagne, 1969.
Françoise Bagot, Aquino, Un petit indien du Mexique, 1971.
Andrée-Paule Fournier, Louis du Limousin, 1972.
Gaby Cozian, Sarah petite fille du voyage, 1972.
Anne Fronsacq, Où est donc Eric ?, 1974.
Natacha, En vacances, 1976.
Pascal Marchetti, Santu de Corse, 1976.
Paul François, La Maison des oiseaux, 1976 (réédition).
Natacha, Le Chandail de Nicolas, 1976.
Michèle Lassoued, Moktar le berger, 1984.
Jean-Marie Robillard, Les Chants du coquillage, 1996 (réédition)


Aux éditions du Sorbier :
Rudyard Kipling, Le Chat qui s'en allait tout seul, 1992.
Rudyard Kipling, L'Histoire de la baleine et de son gosier, 1993.
Rudyard Kipling, Comment le rhinocéros s'est fait la peau, 1993.
Rudyard Kipling, Comment le léopard s'est fait des taches, 1993.
Rudyard Kipling, Comment il pousse une bosse au chameau, 1993.
Rudyard Kipling, L'Éléphant d'éléphant, 1994.
Rudyard Kipling, Le Papillon qui tapait du pied, 1994.
Rudyard Kipling, Comment on fabriqua l'alphabet, 1995.
Rudyard Kipling, La Première lettre, 1995.
Rudyard Kipling, Le Refrain du vieux kangourou, 1996.
Rudyard Kipling, Le Crabe qui jouait avec la mer, 1996.
Rudyard Kipling, Le Début des tatous, 1996.
François Mathieu, Le Joueur de flûte de Hamelin, 1996.
Anne Soyer, Maman que j'aime, 1997.
Rudyard Kipling, Histoires comme ça !, 1998.


Autres éditions :
Alphonse Daudet, La Chèvre de M. Seguin, Hachette, 1977 (réédition).
Jeanne Malenfant, Tu m'agaces la fougasse, éditions d'Au, 1978
Suzanne Bukiet, Les Bons Comptes font les bons amis, Édition de l'Observatoire, 1987. Édition bilingue.
Jacques Lacarrière, Les Sept coqs de l'aube, Syros-Alternative, 1989.
Habib Tengour, Une histoire de barbe, Imprimerie nationale, 1998.
Sylvie Baussier, Petite histoire du temps, coll. Petites histoires des hommes, Syros, 2002.
Jules Verne, L'Invasion de la mer, Syros, 2003.
Muriel Bloch, Qui de l'œuf, qui du poussin ?, Didier jeunesse, 2004.
Jules Verne, Le Rayon vert, Syros, 2004.
Sylvie Baussier, Petite histoire de la guerre et de la paix, Syros, 2004.

Informations datées de 2005